Constantine, capitale arabe de la culture 2015

(Photo : Mosquée Emir Abdelkader)

Par Mohamed G.

Histoire de la ville

Fondée à l’Antiquité, Constantine demeure probablement l’une des plus vieilles villes du monde. Initialement baptisée Cirta, elle fut la capitale du royaume de Numidie sous Massinissa, et formait déjà une métropole régionale dès cette époque. Avec ses 150 000  habitants, Cirta vivait de la production et de l’exportation de céréales, sa ressource principale. La ville était d’abord concentrée sur le « Rocher », qui est considéré encore aujourd’hui le cœur de Constantine, puis s’est étendue. À l’issue des guerres puniques, la ville passe sous domination de l’Empire romain. Durant les guerres civiles romaines, la ville est détruite. C’est l’empereur Constantin qui la fit reconstruire en 311 pour lui donner l’appellation de « Constantine ». Durant les quatre siècles suivant, l’Empire – romain puis byzantin – resta implanté dans la région jusqu’à la perte progressive de son influence au profit de la nouvelle civilisation arabo-musulmane.

Au VIIème siècle, les troupes arabes, menées entre autres par le général Oqba Ibn Nafi prennent le contrôle de la ville et de la plupart des territoires d’Afrique du Nord. Sous les différents califats arabes qui se succèdent – Ommeyades, Abbassides, Aghlabides puis Fatimides y laisseront leurs traces –, Constantine conserve une certaine autonomie et l’apport culturel apporté par l’islam et la langue arabe, rayonnante à l’époque, permet un développement conséquent, notamment en termes d’arts et d’architecture.

La ville passe sous domination ottomane à partir du XVIème siècle, après quelques tentatives de résistance. Durant cette période, d’importants édifices sont construits tels que la célèbre mosquée Sidi Lakhdar ou encore le palais Ahmed Bey. L’identité arabe des Constantinois demeura toutefois ancrée dans la conscience collective et aucune politique d’assimilation ottomane ne put réellement aboutir.

L’arrivée des Français en Algérie débute en 1830. Constantine fut une des dernières grandes villes à résister aux colons français mais, en 1837, ces derniers sortent  vainqueurs. S’en suit une période de colonisation qui amena paradoxalement progrès et humiliation, infrastructures modernes et dégâts humains. En 1945 surviennent des massacres parmi lesquels on trouve celui de Sétif (région du Constantinois), dont on a commémoré les 70 ans le 8 mai dernier, massacres qui marquent le début des revendications indépendantistes algériennes. Le point de départ de la guerre d’Algérie aura lieu dans la même région en 1954 avec l’insurrection des Aurès.

Constantine aujourd’hui

Forte de ses 450 000 habitants, la troisième ville du pays n’a probablement pas terminé son âge d’or. Chef-lieu de la Wilaya du même nom, Constantine s’étend également sur une agglomération d’une vingtaine de kilomètres autour du centre.

Dès l’indépendance en 1962, Constantine devient rapidement un des trois grands pôles urbains du pays avec Alger et Oran. Dans les années 1970, la politique d’industrialisation lancée par le président Houari Boumediene lui permet de devenir un pilier de l’industrie lourde algérienne. Sur le plan de l’éducation, Constantine est également mise en valeur par la création de plusieurs universités dont la fameuse Université Mentouri qui figure parmi les plus prestigieuses du Maghreb.

Aussi riche que varié, le patrimoine constantinois n’en demeure pas moins à l’image de son histoire. Des vestiges numides et romains aux éléments d’architecture arabes, ottomans et européens, le paysage culturel de la ville jouit d’un héritage sans précèdent en Algérie. Aujourd’hui, la ville est également célèbre pour son centre historique, le « Vieux-Rocher » ainsi que ses nombreux ponts et passerelles surplombant le Rhumel. Parmi eux, le pont d’El-Kantara, le pont Sidi-Rached ou encore le viaduc Trans-Rhumel.

Qasantina 2015

À l’image d’Alger en 2007, Constantine a à son tour été choisie pour honorer la culture arabe. Effectivement, tous les ans, l’ALECSO – Arab League’s Educational, Cultural and Scientific Organization – désigne une « capitale de la culture arabe » dans laquelle sont organisés expositions, festivals, pièces de théâtres et autres événements culturels tout au long de l’année.

Reconnue comme étant un des berceaux de la musique arabo-andalouse – avec l’école du malouf constantinois –, la ville des ponts-suspendus a donc reçu sept milliards de dinars pour réhabiliter ses monuments et construire des édifices prêts à accueillir la manifestation « Qsantina 2015 ». Le 16 avril dernier, l’événement fut lancé avec un défilé de chars haut en couleurs dédiés aux 22 pays arabes qui ont traversés l’ensemble de la ville de Ben Badis devant une foule aussi  nombreuse que souriante. Le lendemain, le Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal récitait quant à lui son discours d’inauguration au Zénith de Constantine accompagné de représentants de chaque pays arabe.

Le programme de l’année, disponible sur le site www.qasantina2015.org, comprend des événements aussi intéressants que variés et met en avant de nombreux monuments phares de la ville tels que la mosquée Emir Abdelkader – inaugurée en 1994–, l’historique Medersa, le monument aux Morts ou encore le palais de la culture Mohamed-Laïd Al Khalifa, réaménagé à cette occasion. Un important dispositif de sécurité et de vidéosurveillance a également été mis en place, afin que cette manifestation culturelle se déroule du mieux possible.

De nombreux projets de construction ont été lancés : Pavillon des expositions, Bibliothèque urbaine supérieure, Musée d’Arts et d’Histoire… Espérons que le tout contribuera à redonner un souffle de vie à la belle Constantine, symbole de pérennité historique et culturelle.

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