Elections présidentielles au Soudan : une issue assurée ?

Par Yanis Atigui

Les Soudanais devront aujourd’hui se diriger vers les urnes pour élire leur président. Le président sortant, Omar Al-Bachir — représentant du parti du Congrès National élu en 1996, 2000, puis 2010 —, se présente et ce malgré le fait que certains partis, tels que le parti du Congrès Populaire, ont annoncé un boycott des élections présidentielles. Avec une population totale d’environ 35 millions d’habitants, 13,6 millions de soudanais se sont inscrits sur les listes électorales et 11 000 bureaux de votes seront ouverts pendant trois jours du 13 au 15 Avril. Les résultats seront délivrés le 27 avril.

La présidence d’Omar Al Bachir

Omar Al Bachir, ancien général qui, en 1989, participa avec l’aide du Front national islamique de Hassan Al Tourabi, au coup d’Etat qui renversa le gouvernement très instable et controversé du premier ministre Sadeq Al Mahdi. En 2010 peu après les sanctions de la Cour pénale internationale à son encontre, il est réélu avec 68,24% des voix.

Sa présidence est particulièrement marquée par les problèmes économiques qu’a rencontré le Soudan suite à la scission avec le Soudan du Sud, impliquant une perte de près de 80% des réserves pétrolières. Après une croissance relativement bonne en raison de l’accélération de l’exploitation des ressources pétrolières, le Soudan s’est vu confronté à une violente crise économique depuis 2010, impliquant une forte inflation et un chômage de masse, question qui reste toujours irrésolue.

Après une période de grande isolation durant les années 1990, les relations avec les autres pays arabes ont profondément évolué durant le reste présidence d’Al Bachir. Les relations avec l’Egypte étaient par exemple dans un premier temps assez crispées durant le mandat d’Hosni Moubarak, qui aurait été victime d’une tentative d’assassinat fomentée par le pouvoir politique soudanais. Quant aux pays du golfe, les liens diplomatiques étaient pendant longtemps assez affaiblis en raison du soutien de Khartoum à l’Irak de Saddam Hussein durant la guerre du Golfe de 1990.

Aujourd’hui, ces relations tendent à s’améliorer. Le Soudan vise à réintégrer la scène arabe après des années de mise à l’écart, et cela passe notamment par un renforcement des liens avec l’Arabie Saoudite par le biais d’une participation à la coalition d’intervention au Yemen. Al Bachir s’est déplacé personnellement à Riyad pour rencontrer le nouveau roi Salman Ibn Abdul Aziz et a soutenu l’intervention en mettant à la disposition de l’armée saoudienne les ports soudanais sur la mer Rouge.

Néanmoins, à échelle internationale, le Soudan ne sort pas de son isolation. Effectivement, les Etats-Unis ont sanctionnées le président soudanais, soupçonné de soutenir certains groupuscule terroristes, par le biais d’un embargo, actif depuis 1997.

Le pays a également du faire face à une instabilité constante – toujours d’actualité – qui passe par des protestations populaires contre le régime telles que celles de 2013 mais également par les attaques des rebelles armés du Front révolutionnaire soudanais (FRS) au Darfour, au Sud Kordofan et dans l’Etat du Nil Bleu.

Les divers opposants de ces éléctions et les enjeux du futur mandat

Pour ces élections présidentielles, l’opposition soutient principalement l’ancien allié du président sortant, Hassan Al Tourabi, figure du pouvoir religieux radical. Face à l’actuel président au pouvoir depuis ces 25 dernières années : 15 candidats qui, à contrario, ne sont pas réellement connus. Omar Al Bachir, qui part avec un net avantage, a annoncé qu’en cas de réélection il apporterait “la sécurité et une stabilité politique et économique”. Les principaux rivaux les plus crédibles sont les suivant :

  • Le Parti de la Justice mené par Yassir Harya Saleh Abdul Qadir,
  • l’Union Socialiste et Démocratique Soudanaise menée par la candidate Fatima Ahmad Abdul Mahmoud Mohamed,
  • le Parti National de la Réforme avec à sa tête Mohamed Al Hassan,
  • l’Alliance Nationale du Pouvoir, dirigée par Abdul Mahmoud Abdul Jabar Rahmatallah Salim,
  • le Parti Fédéral de la Vérité Fadl Al Siyed Eisa Shuayb

Les enjeux du futur mandat seront multiples : faire face aux révoltes armées du Darfour, ou encore redresser l’économie qui est depuis la scission avec le Soudan du Sud en 2011, quasi-chaotique. Ce redressement passerait notamment par une diversification de l’économie, qui demeure encore très pétrolière, et une tentative d’abaissement de la dette extérieure qui avoisine les 45 millions de dollars.

Selon le média Al Asam, ces élections multipartites – pour la deuxième fois depuis 1989 – seront encadrées par 221 observateurs internationaux. À l’inverse, l’Union Européenne a d’ores et déjà assurer ne pas reconnaître le résultat d’un processus qu’elle juge non crédible.

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