État Islamique, Islam et jihadisme : la France a-t-elle raison d’avoir peur?

Par Yannis Boustani

Les médias s’agitent, l’opinion s’inquiète. De jeunes français déracinés partent au Jihad, criant « Allahou Akbar » aussi bien en Syrie que dans l’hexagone pour justifier leurs meurtres tandis que des intellectuels scandent la destruction du royaume de France par ses élites. Il ne se passe pas un mois sans heurts: Merah, Nemmouche, Joué-les-Tours, Nantes, Dijon et pas plus tard que le 3 janvier dernier à Metz les troubles se multiplient. Sans nul doute, la problématique de « l’islam radical » en France ne cesse de croître en particulier depuis que des centaines de français décident se rallier aux troupes de l’État islamique. Ce dernier ne serait qu’un monstre hideux sorti de nulle part contre lequel il faudrait prendre toutes les dispositions. Comme toujours, la façade médiatique, obèse de bien-pensance, épuisée par un usage politicien d’une élite dénuée de toute vision politique, ne nous apprend rien sinon qu’elle expose la version des faits envers laquelle il faut exercer le plus d’esprit critique. Il serait fou de nier les exactions atroces et d’assimiler ce projet macabre à l’ensemble de la « Oumma » mondiale ; toutefois le traitement médiatique et le sentiment d’« insécurité culturelle »(1) qui règne en France tendent à déclencher un début de psychose collective envers les musulmans de France (plus généralement rangés dans l’ensemble commun les « arabes », souvent fils voire petit-fils d’immigrés). La France a peur, c’est un fait. Mais transforme-t-elle cette peur en énergie positive? En ce jour d’expansion de l’État islamique, de départ de jeunes déracinés mais aussi de la question du traitement de leur retour (2) une réflexion de fond autour de la question du jihadisme et de l’état islamique nous met vite face au pied du mur: l’avenir de la république française mais aussi du peuple « franco-arabe » se joue peut être sur cette partie de poker. Si le poker réside en partie sur de la chance, les meilleurs joueurs ne sont pas forcément ceux qui ont les meilleures mains. Pas de bluff, mais cartes sur table. Posons les problèmes avant de vouloir les résoudre, n’en déplaise à une époque où l’élévation intellectuelle individuelle et le sort du collectif ne sont plus trop pris au sérieux. Sowt al Arab s’y dédie.

La dénonciation médiatique du départ de jeunes français vers le jihad laisse pensif. Déboussolés ils seraient tombés dans la folie, intériorisant une envie de combattre aux côtés de l’état islamique.

Qu’est-ce que l’État islamique? Quelles sont ses origines et son but?

À l’entendre presque quotidiennement, le terme d’État islamique semble très clair dans l’esprit des français: une organisation terroriste, reposant sur le mal, que les occidentaux doivent éradiquer pour la sécurité internationale et au nom des droits de l’homme. Mais ne l’oublions pas: l’usage galvaudé des mots leur fait perdre de leur substance. D’où la nécessité première de s’interroger. De quoi parlons-nous donc? L’État islamique, contrairement à ce qu’on pourrait penser, n’est pas très récent. Celui-ci a vu le jour dès la fin du régime de Saddam Hussein. Le 16 Octobre 2006 est ainsi créé Dawalat al-Irâq al islâmiyya (État islamique d’Irak) qui formera le socle de l’« État actuel ». Composé de baasistes, plus généralement de sunnites, devenus minoritaires après la chute du maître de Bagdad (3), ceux-ci s’allient ensuite avec les branches les plus extrêmes, prônant la lutte armée pour faire face à l’impasse politique. Tant bien que mal, au gré de luttes et de déstabilisations réciproques, le statu-quo prend fin lors du retrait des troupes américaines le 27 décembre 2011. Les affrontements vont alors croissants, sous les yeux d’une Irak en faillite et spectatrice, permettant ainsi dans le même temps la création de réseaux islamistes armés. En 2013, l’effervescence autour du printemps arabe va définitivement ouvrir la voie à la territorialisation d’un vaste espace de terrorisme. L’éclatement de la Syrie sonnera le glas: les sunnites, longtemps réprimés, se révoltent, armés par les brigades irakiennes et financés par quelques fonds privés des pays du Golfe en raison de leur opposition radicale au chiisme. La Syrie implose, le monde entier s’offusque alors de Bachar, le « dictateur sanguinaire » (4). Profitant de l’agitation, l’État islamique irakien s’étend sur le territoire syrien en avril 2013, devenant ainsi une organisation à cheval entre deux états déstabilisés, la Syrie et l’Irak. L’EIIL, État Islamique Irakien et au Levant, vient de naître. L’année 2014 marqua l’essor de l’État islamique comme menace internationale (5). En Juin 2014, les troupes, jusqu’à lors installées au nord-est de la Syrie, attaquent l’Irak trop divisée pour résister. En à peine quelques semaines, 40% du territoire irakien est conquis! Le monde tremble alors le 29 juin 2014: le chef spirituel et militaire autoproclamé de l’état islamique Abou Bakr al-Baghdadi annonce la restauration d’un califat, « un devoir pour les musulmans » selon lui. Un semblant de gouvernement avec une administration s’installe alors à Raqqa, en Syrie. L’État s’institutionnalise, une armée, des levés d’impôts, du pétrole exploité, des juridictions faisant respecter la loi (islamique), une stratégie de communication via les réseaux sociaux … Certes, l’EIIIL ne bat pas monnaie, n’est pas reconnu par la communauté internationale et ses frontières restent floues, mais une communauté aux intérêts communs s’est territorialisée. Bien évidement la peur occidentale n’est pas anodine. Le califat, et ses troupes extrêmement violentes, ont pour vocation à s’universaliser c’est à dire à s’étendre en détruisant toutes formes de pêchés sur leur route: ce qui implique la destruction de toutes minorités religieuses (chiites, chrétiennes, alaouites, polythéistes, athées, « frères » gangrénés par l’Occident) et redonner sa grandeur au monde arabo-musulman, trop longtemps dominé par l’Occident. (6)

Est-ce suffisant pour affirmer que l’État islamique est dès lors l’aboutissement du projet musulman?

Il faudrait être aveugle pour y voir une représentation de l’islam et de sa communauté de croyants. Du point de vue de la représentativité, L’EI ne représente qu’une infime minorité de la Oumma : ses combattants représentent à peine quelques dizaines de milliers de proclamés musulmans parmi une communauté d’environ 1 milliard et 600 millions de croyants. À ceci, certains argueront que la minorité peut avoir raison en valeurs. Sauf que le corps doctrinal qui anime l’État islamique, c’est-à-dire le wahhabisme, est particulièrement minoritaire. Les partisans de l’EIIL puisent leur référence de cette idéologie politico-religieuse fondatrice du royaume d’Arabie saoudite et conçue par Abd Al Wahhab. Ce dernier autour du XVIII siècle prônait un retour à l’islam pur, une vie au plus proche de celle du prophète. L’État islamique se revendique en grande partie de ce courant strict (7). Face à un mondialisme balayant les modes de vies et détruisant hautainement les particularités culturelles, et face à un Occident qui derrière ses allures de bon samaritain exporte le chaos, le terrorisme mondialisé s’offre comme réponse. Ce que les médias n’analyseront pas en revanche c’est le processus d’évolution d’un terrorisme globalisé aux attaques isolées et groupusculaires, comme l’illustrait parfaitement Al Qaïda, vers une tentative de territorialisation d’un islam ancestral se revendiquant d’un conflit armé civilisationnel en la gloire d’Allah. Certes La France n’a pas à assimiler l’État islamique et la fuite de ses jeunes vers le jihad comme la cause directe de la religion musulmane mais le problème est là et agit en son nom. La clé est de ne pas oublier que cet État est alimenté depuis ses débuts par l’Occident. En creusant un minimum, on découvre que l’Occident a une responsabilité évidente dans cette évolution et une implication flagrante dans une menace terroriste alimentée en partie par ses propres ressortissants.

Un manque flagrant d’analyse: la dénonciation constante des conséquences mais l’effacement des causes. Dans quelles mesures l’Occident est-il responsable ?

Sur le court terme, la responsabilité des puissances occidentales ne fait plus l’ombre d’un doute. La déstabilisation anti-gouvernementale en Syrie, la destruction de la stabilité irakienne et la croisade de l’Otan en Libye contre Kadhafi sont majoritairement responsables du développement de l’État islamique. De plus n’oublions pas qu’une part non négligeable des revenus des terroristes provient de l’exploitation de gisements pétroliers! En outre, le plus intéressant à analyser sur ce fond de médiatisation reste surtout l’implication sur le long terme de l’Occident dans l’organisation du chaos Moyen Oriental. Est-il fortuit qu’une des principales revendications géopolitiques de l’EI soit d’inverser les effets de l’accord Sykes-Picot de 1916? (8) Rappelons que cet accord secret pris en plein conflit par les forces belligérantes européennes leur a permis de dessiner des frontières illégitimes dans le monde arabe et ce au détriment des peuples y habitant. Bien entendu le bonheur des uns fait le malheur des autres. Le découpage géographique du monde arabe, dans une perspective tant historique qu’ethnique, est une véritable hérésie condamnant cette région à l’instabilité perpétuelle! L’Occident, profitant de sa supériorité, va servir ses intérêts en faisant et défaisant les régimes en fonction du plus offrant. Et c’est ainsi que les alliés d’hier deviennent les ennemis des droits de l’hommiste de demain (Saddam Hussein sans l’aide des américains n’aurait jamais établi son pouvoir en Irak, idem pour Kadhafi qui a peine 6 mois avant sa mort était accueilli en grande pompe à l’Élysée..). On peut dès lors comprendre l’agacement des autochtones.

Derrière la façade se cache une réalité beaucoup plus complexe. L’État islamique est indirectement une création occidentale, la stratégie de diabolisation se justifie moralement, mais derrière les tirades de dénonciation le problème n’est pas résolu. La dénonciation des conséquences mais le refus d’avouer sa grande responsabilité est la caractéristique du traitement médiatico-politicien occidental. Les Français succombent à cette peur d’autant que le débat croissant autour de l’islam et le départ de jeunes français, souvent d’origine maghrébine, vers la Syrie est un triste thème d’actualité.

Une responsabilité interne : la fuite de jeunes salafistes

Depuis les attentats de Saint Michel de 1995, la France sait à quel point la menace terroriste est imprévisible et destructrice. Les années 1990 marquent également le début d’un autre problème, jugé corollaire par l’opinion publique : la pratique de l’islam et le sort des enfants d’immigrés, toutes deux problématiques et intrinsèquement liées à celle des banlieues. L’affaire du voile islamique en 1989 ne semble pas avoir tranché le nœud du problème comme l’illustrent la récente affaire Baby-Loup ou le débat sur l’interdiction de la Burqa en public. Les banlieues, terre de délinquance pour certains, seraient aussi des terres d’islam pour d’autres. Avec la mondialisation destructrice d’emplois assurant dès lors un climat de chômage de masse, le problème de l’islam et des enfants d’immigrés post-seconde Guerre mondiale n’aurait pu rester qu’un simple débat de société. Sauf qu’il soulève des enjeux profonds, dira-t-on même existentiels pour le futur de la communauté de la « République française ». L’affaire Merah en pleine campagne présidentielle en mars 2012 mettra la France devant la dérive de ses enfants adoptifs. Nés en France, partis à l’école de la République, ayant regardé la télévision française, le français comme langue natale : une nouvelle génération de terroristes est née. Très vite le débat de fond est évincé au profit d’une dénonciation du parcours atypique d’un paumé qui s’est radicalisé. Dire que les récentes affaires de cette fin d’année, les quelques centaines de jeunes partant au jihad en Syrie pour nourrir les troupes de l ‘EI et le cri d’alerte d’intellectuels et d’élus quant à la radicalisation des banlieues ne sont que des événements isolés revient encore une fois à écarter de véritables bombes, qui un jour exploseront de manière mortifère aux yeux de tous.

La France: bientôt terre de terrorisme?

La France n’a pas à céder à la panique. Les départs au jihad sont extrêmement minoritaires et les autorités publiques ont les moyens matériels pour faire face aux problématiques internes comme externes. La peur est un réflexe sain à condition qu’elle lance une dynamique d’initiatives pour prendre en charge le problème à la racine. La France est menacée de l’extérieure par les organisations terroristes et l’EI mais en priorité de l’intérieur par ses jeunes déracinés. Il fût un temps où la menace était extérieure, à présent la menace est perpétuelle, le ver est dans la pomme. Espérons que cette menace invite enfin à poser les véritables questions, ce qui est encore loin d’être le cas.

Un profond malaise identitaire et spirituel : un pays déraciné, des jeunes déracinés

République, solidarité, égalité, diversité, justice sociale… Tant de mots répétés dont le sens a fini par disparaître. Le débat autour des banlieues, des indigènes de la république et de l’Islam a le mérite de mettre la France face son vide identitaire. En effet si la France savait qui elle était et où elle va une simple position politique aurait fait figure d’autorité. Néanmoins, la réalité est toute autre: la négation du problème ne fait que grandir le malaise qui se propage. Tarik Yildiz, sociologue spécialiste de l’intégration sociale et de l’islam tient sur le sujet des propos d’une pertinence remarquable (9). La radicalisation de certains jeunes des quartiers jusqu’alors petits délinquants et superficiellement religieux (disons par respect culturel et effet de troupe) part d’un double manque: d’une part le manque de repères qui les poussent à se tourner vers leurs racines de manière fantasmée et de donner à travers une approche stricte de la religion une connotation revendicative et identitaire à celle-ci ; d’autre part un environnement paraissant ou étant hostile ne leur donnant aucune possibilité d’intégration solide et qui les ramènent toujours d’une manière ou d’une autre à leurs racines. De la banlieue au jihad il n’y aurait qu’un pas : « la dimension radicale séduit des jeunes en manque de repères et d’autorité, désireux, consciemment ou inconsciemment, de tester les limites de la société » souligne le sociologue. Une jeunesse qui n’a pas l’occasion de vibrer, qui ne peut pas donner un sens réel à sa vie est destinée à la violence et à une rhétorique jusqu’au-boutiste. Toutes les attaques sur l’Islam, qui mènerait in fine aux départs en Syrie, cache en réalité une dimension sociale qui est essentielle (10). C’est l’échec d’une politique globale d’intégration et de manière plus profonde l’accumulation depuis des décennies de non-dits que la France paie aujourd’hui. Ce virement vers la violence se nourrit d’une peur métaphysique grandissante face au monde contemporain. Une peur de l’avenir, d’un monde où l’individualisme n’offre ni gloire ni d’héroïque destin collectif. Cette guerre n’est ni plus ni moins qu’idéologique, la violence de l’État islamique et la fuite de jeunes français ne sont que des réminiscences de cette lutte perpétuelle entre la passivité d’un monde préparant la mort de l’homme et la volonté de préserver les totems identitaires, remparts ancestraux à la décadence. En manque de transcendant, se sentant opprimés, ces jeunes se sentent enfin compris et prêt à se battre jusqu’à ce que mort s’en suive avec le sentiment de défendre l’humanité, ce que le capitalisme globalisé ne semble pas faire. La peur des français vis-à-vis du jihad et de l’État islamique rejoint cette guerre idéologique du XXIème siècle : entre la lutte spirituelle et l’indifférence matérielle généralisée. Un appel à la réflexion comme le suggère le sens premier du mot jihad, celui du cœur, s’améliorer pour améliorer le monde.

Pour comprendre l’État islamique il ne faut pas se contenter de condamner des atrocités mais d’analyser l’essence et le parcours des acteurs. La France s’est engagée dans les frappes aériennes mais sans mesurer qu’elle ne faisait ainsi que créer sa propre insécurité en laissant à l’abandon le champ de sa politique interne. Le peuple français a raison d’avoir peur, c’est même un réflexe sain, mais l’ennemi n’est pas forcément celui que l’on soupçonne.

Des solutions? Auto-critique de l’élite de la République française et du franco-arabe

“Mange tes jihadistes, ce sont les tiens”?

La France a des raisons de s’inquiéter, le problème est que l’inquiétude ne sera jamais résolue tant que ses sources ne seront pas éradiquées. Sans doute la situation pourra s’aggraver puisque l’élite dirigeante en France n’aura pas à payer le prix des attentats et du climat d’insécurité dans certains des quartiers littéralement féodalisés. La question sociale et le questionnement du système si dénonciateur s’impose pour qui veut faire de sa peur une force créatrice.

Dans une récente conférence en décembre 2013 (11) au centre Nelson Mandela de Gennevilliers, le rappeur Médine, en réponse à une question, en arrive à aborder de manière percutante cette critique de la politique d’intégration des populations immigrées. « Les jihadistes ne sont que l’écho de cette politique ratée de l’intégration (…). On est en droit de se poser la question de ce que la France a mis en place concernant les banlieues, le radicalisme. Qu’est que la France a mis en place? Rien! (…) La France n’a aucun cahier des charges pour endiguer le radicalisme dans nos quartiers et la France demande à ses concitoyens musulmans de se désolidariser de ça? Mais va te faire foutre! C’est tes jihadistes, mange tes jihadistes, ce sont les tiens, c’est l’échec de ta politique à toi, ne me demande pas ça, je lutte déjà contre le radicalisme sur moi-même. »

Ces propos lourd de sens sont immensément pertinents, la double alternative soulevée par la peur du jihadisme et l’État islamique devient alors irrévocable

1) La première concerne l’action étatique. Soit l’élite apatride prend conscience de sa responsabilité et décide de s’attaquer aux racines sociales des problèmes que dissimule l’islam radical en banlieue à savoir l’intégration, la délinquance et l’identité nationale; soit elle continue sa rhétorique de beau-parleur laissant le pays succombé à ses passions identitaires qui finiront d’une manière ou d’une autre dans la violence comme une sorte de catharsis salvatrice, que ce soit par des actes de violences exacerbées ou par la mise en place d’une nouvelle élite fermée et autoritaire. La peur saine du départ aura alors manqué sa cible. Dans le premier cas de figure, le meilleur, il s’agira de rendre plus que nécessaire l’introspection des élites. À juste titre Tarik Yildiz propose ainsi de combler le vide de repère par l’autorité étatique et une éducation renforcée, en soulignant l’importance de mesures plus sévères pour les primo-délinquants. Bien sûr cette politique ne sera viable qu’à condition de redonner souffle à un projet de société, transcendant. Sans oublier le rôle central de la diplomatie. En tant que grande puissance la France doit assumer sa grandeur historique et amener ses alliés, en particulier les USA vers l’acceptation d’un multilatéralisme: le Moyen-Orient ne doit plus être un jouet mais un interlocuteur respecté. Plongé actuellement dans un chaos embrasé par les multiples actions occidentales, une paix sur le long terme passe par une solution politique et un rebattement des cartes dans la région, en particulier par un redécoupage plus pertinent des frontières. Malheureusement, ces multiples besoins ne pourront parvenir dans le champ de décision que par la pression accrue des électeurs ou un climat d’insécurité flagrant. Pour faire simple: si la peur extrême pousse à la raison.

« L’exigence dans le savoir et la fermeté dans le respect des lois pourraient constituer les deux piliers d’une réponse sociale qui mettrait la question de la pratique de l’islam (aux sous-entendus potentiellement lourds de conséquences) au second plan. »

2) La deuxième alternative que nous proposons explique l’intérêt que Sowt al Arab porte au sujet. Aisée serait la critique des élites occidentales dans la gestion du Moyen Orient et dans le traitement de la question sociale. Si la France est responsable tant socialement que diplomatiquement la responsabilité est co-partagée. Une AUTO-CRITIQUE exigeante du franco-arabe n’est pas à négliger. Qui est-il vraiment? Donne-t-il plus d’importance à ses racines, à sa religion, qu’à son statut de citoyen français? La peur ne pourra s’effacer qu’avec le flou identitaire qui l’accompagne. Que fait cette communauté, mise à part sa propre victimisation, pour s’émanciper, s’organiser, et enfin obtenir le respect qu’elle mérite en vertu de ses statuts.

Cette introspection vaut évidemment du côté du monde arabe. L’avenir de l’État islamique scellera sûrement la situation de la région pendant les prochaines décennies; encore une fois une relative unité du monde arabe derrière ses principes culturels partagés sera essentielle pour préserver une indépendance vitale. Il n’y a pas de choix draconien à faire mais plutôt une attitude quotidienne consciente à adopter.

La France a donc raison d’avoir peur oui, mais elle ne semble pas prendre conscience du plus dangereux. L’extrême minorité jihadiste témoigne, non pas d’une menace musulmane, mais en fait de la faillite de l’intégration d’une certaine population se sentant délaissée, sans avenir. Il ne s’agit pas d’adopter une vision manichéenne en dénonçant d’un côté le refus d’intégration et de l’autre l’inoffensive population jeune, banlieusarde, déracinée qui n’a pas peur de sombrer dans la violence. Le malaise est beaucoup plus profond: la France n’a plus d’identité, ses enfants non plus, l’Occident est en crise systémique. Quand on ne sait plus qui l’on est, on s’égare. Qu’est-ce qu’être français? Toute communauté étant primairement fondée sur l’ethnie (le faciès), aujourd’hui cet universalisme est-il un problème, d’ailleurs peut-on véritablement le faire disparaître? La religion n’est pas le problème, l’homme, croyant ou non, en reste un. Une chose est certaine: le déracinement a frappé.

“N’ayez pas peur” disait Jean Paul II ! Ayez peur et réfléchissez. Ce sont deux caractéristiques humaines qui fonctionnent bien heureusement encore.

1) Laurent Bouvet politologue théoricien du concept d’insécurité culturelle pour appréhender le mal français et la montée du Front National http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/03/21/31001-20140321ARTFIG00412-laurent-bouvet-les-politiques-sont-hors-sol-detaches-des-realites-sensibles-et-materielles.php

2) Les crispations autour du traitement du retour de Syrie de jeunes français de papier ont vocation à s’intensifier comme en témoigne le ton de cette tribune.

http://www.contrepoints.org/2014/11/28/189620-letat-islamique-est-il-un-camp-scout

3) Analyse de Sowt al Arab retraçant le parcours historique de Saddam Hussein

http://sowtalarab.com/saddam-hussein/

4) Analyse de Sowt al Arab sur la dynastie des Al Assad http://sowtalarab.com/analyse-la-syrie-des-al-assad/

5) Rétrospective de l’année 2014 de l’État islamique

http://videos.lexpress.fr/actualite/monde/video-2014-l-etat-islamique-change-la-donne_1635210.html

6) Pour plus d’informations sur la trajectoire historique de l’état islamique voir cette interview de Romain Caillet spécialiste du Moyen Orient

http://www.lesclesdumoyenorient.com/Entretien-avec-Romain-Caillet-Qu.html

7) Le wahhabisme comme source spirituelle de l’État islamique

http://www.lavie.fr/actualite/monde/le-wahhabisme-aux-sources-de-l-etat-islamique-09-12-2014-58624_5.php

8) « L’Occident est responsable », analyse économique globale

http://www.lecontrarien.com/loccident-est-responsable-des-troubles-et-de-la-montee-du-terrorisme-au-moyen-orient-24-12-2014-democrassie

9) Institut de recherche sur les pays arabo-musulmans , Rubrique banlieue

http://irpamfrance.wordpress.com/publicationetudesarticles/

10) Voir en particulier http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/04/23/31002-20140423ARTFIG00099-des-banlieues-au-djihad-itineraire-d-une-certaine-jeunesse-francaise.php et http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/03/14/la-delinquance-question-sous-jacente-du-debat-sur-l-islam_1488641_3232.html

11) L’intégralité de la conférence, le passage en question débute à 1h20

https://www.youtube.com/watch?v=J2pEMddePjc

Une pensée sur “État Islamique, Islam et jihadisme : la France a-t-elle raison d’avoir peur?

  1. Très pertinent… En revanche je m’interroge sur l’importance de cette notion d’identité “qu’est-ce qu’être français ?”. Je pense qu’il n’y a jamais eu de réponses à cette question et ça avant même l’immigration. Nous sommes peut etre dans une crise de l’intégration mais de l’identité j’en suis moins sur.

    Beau boulot pour votre site, ça sent le sérieux 😉

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