Hamon, une politique arabe des symboles

Large vainqueur de la primaire de la gauche, du haut de ses 58,9%, Benoit Hamon est devenu le mois de janvier dernier, le candidat du parti socialiste à l’élection présidentielle là où aucun commentateur ne l’attendait. Outre les couleurs socialistes, Benoit Hamon porte également la voix d’Europe Ecologie les Verts depuis le ralliement en février 2017 du président écologiste Yannick Adot après un accord conclu entre les deux hommes.

Connu pour ses positions de principes, notamment depuis sa démission du gouvernement du à des désaccords avec son ancien premier ministre et rival Manuel Valls, aujourd’hui devenu soutien d’Emmanuel Macron, précisément sur la politique économique menée par le président de la République,  Sowt Al Arab s’est penché sur le projet de diplomatie arabe du candidat s’il l’emportait dans les urnes au mois de mai prochain. Au programme, nous passerons au crible les propositions du candidat socialiste quant au dossier syrien et son corollaire la crise migratoire et le sort réservé aux réfugiés de guerre puis nous verrons les solutions préconisées pour le conflit israélo-palestinien et en dernier lieu la reconnaissance des crimes de guerre commis en Algérie.

Le dossier syrien : une solution politique sans Bachar Al-Assad

Comme tout le reste des candidats le prétendent la voix de la France dans la résolution du conflit syrien est pour le moins balbutiante si ce n’est inexistant. Il est donc d’abord question pour la diplomatie française de recouvrir la place hégémonique qui était la sienne dans le concert des puissances et en clair de peser dans les négociations pour la paix. Benoit Hamon déclare vouloir se rendre à Alep comme « Mitterrand à Sarajevo » en 1992, on comprend tout de suite la référence et le symbolisme politique sous-jacent :

« Ce que moi je ferais si j’étais président de la République aujourd’hui : j’irai là-bas. J’irai là-bas. J’irai là-bas comme François Mitterrand avait été à Sarajevo. Et je dirais aux Russes et aux Syriens : ‘C’en est fini aujourd’hui d’une stratégie qui conduit à massacrer des populations civiles pour reprendre du terrain. » déclarait-il sur le plateau de France info en décembre 2016.

Ces adversaires ne se sont pas gardés de pointer du doigt les solutions proposées par le candidat car n’est pas François Mitterrand qui veut, et l’ex Yougoslavie n’est pas la Syrie actuelle.  En bref, les données politiques ne sont pas les mêmes, les relations diplomatiques avec le régime syrien étant officiellement suspendues, comment organiser un voyage sur place ? Comment obtiendrait-il une autorisation de vol ? Au delà du message politique fort véhiculé par Benoit Hamon, le pragmatisme politique de ces propositions est remis en cause.

Plus que simple Mitterandiste l’ancien ministre frondeur est également hollandiste sur le sort qu’il compte réserver au président syrien déclarant en ce sens qu’il faille  « fabriquer très vite une solution politique qui dise clairement que Bachar al-Assad ne peut pas être dans cette solution ». Pour cela, le candidat socialiste appelle de ses voeux la mise en place de pourparlers avec toutes les composantes de la société syrienne, minorités culturelles et religieuses comprises, sous l’égide des nations unies, afin d’éviter une situation similaire à l’Irak où la minorité sunnite a été écartée de la sphère politique créant une frustration qui fut le terreau pour l’implantation durable de Daesh au Shâm.

Ces discussions incluraient de facto les représentants du régime syrien, qui ne pourraient, selon le candidat, faire partie d’une solution politique viable au vu des massacres perpétués sur la population. Plus encore, suite à l’attaque chimique de Khan Cheikhoun,  l’ancien ministre de l’éducation n’hésite pas à comparer Bachar Al-Assad à Daesh en considérant que la place du très controversé président syrien se trouve devant la cour pénale internationale. Après les frappes ordonnées par le président américain Donald Trump et son changement brusque de position, Benoit Hamon a soutenu l’offensive américaine en déclarant que le régime alaouite est responsable de la riposte américaine. Le candidat socialiste souhaite en ce sens, la poursuite des hostilités sous mandat de l’ONU.

Derrière ces décisions politiques se cachent bien évidemment des vies humaines et en premier lieu celles des syriens. Le revers du bourbier syrien est la crise des réfugiés que connait en partie l’Europe : Benoit Hamon pense que l’Europe « n’a pas joué son rôle » sur la question des migrants arguant que seulement 2 migrants sur 100 viennent en Europe dont 1,5 en Allemagne. Pour cela, s’il est élu, le candidat socialiste instaurerait un visa humanitaire spécialement pour accueillir les réfugiés de guerre afin d’assurer leur transit vers les pays européens souhaités.

En dehors du dossier syrien, Benoit Hamon plaide pour la reconnaissance d’un Etat palestinien, autre sujet de sécurité majeur pour la région.

Le conflit israélo-palestinien : Assurer la viabilité de la solution à deux états

« Il faut avancer aujourd’hui pour assurer l’insertion d’Israël dans un environnement pacifique qui lui assure la sécurité à long terme. Pour cela, il faut poser un acte politique et symbolique fort : la reconnaissance par la France et je l’espère d’autres Etats européens, de la Palestine »

Fidèle à son parcours et dans la lignée de la proposition de résolution faites à l’assemblée le 20 novembre 2014, et à sa rencontre avec le président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas le 7 février dernier,  Benoit Hamon s’engage à reconnaitre l’Etat de Palestine une fois élu Président de la République. La reconnaissance d’un état palestinien favoriserait selon lui la coexistence de ces deux états vivant en paix et en sécurité, et permettrait de relancer le processus de paix.

En effet, le candidat socialiste reste sur la ligne politique de l’ancien ministre des affaires étrangères Laurent Fabius, aujourd’hui président du Conseil Constitutionnel, qui appelait à une reconnaissance unilatérale de l’Etat de Palestine en cas d’échec des négociations et notamment de la conférence pour la paix qui a eu lieu en janvier dernier. Malgré l’échec cuisant de cette dernière du à la complicité paralysante des Etats-Unis, soutien indéfectible à l’état colonisateur, le Ministre des affaires étrangères Jean-Marc Ayrault et l’ancien premier ministre Manuel Valls ont remis en cause l’engagement de Laurent Fabius en arguant que la reconnaissance de l’Etat de Palestine ne serait pas  « automatique ».

Dans ce contexte de fébrilité de la France et du président Hollande sur la question des territoires occupés et de la colonisation toujours très active des territoires palestiniens perpétrée par le gouvernement israélien d’extrême droite, la reconnaissance d’un État de Palestine constituerait un message politique fort de la part du futur président.

Taxé « d’islamo-gauchisme » par certains de ces détracteurs qui pointent du doigt une volonté du parti socialiste et de son candidat d’instrumentaliser le vote de banlieues, des « beurs » et des musulmans. Sowt Al Arab ne sonde pas les cœurs, néanmoins, il n’aura échappé à personne que le conflit israélo-arabe reste un irritant structurant chez la communauté arabe de France. Enfin, si l’on se tourne vers le Maghreb, on s’aperçoit que l’ancien ministre frondeur est fidèle à sa politique arabe « des symboles ».

La Reconnaissance des crimes de guerre en Algérie  (1830-1962)

Dans le programme « faire battre le cœur de la France »   de l’ancien député des Yvelines,  on peut lire une volonté de « favoriser le développement des pays méditerranéens », étant plus tourné vers le projet européen  c’est le  programme du président de de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon qui s’est le plus avancé sur les pays de la Méditerranée et du Maghreb. (cf : Mélenchon, la diplomatie arabe des insoumis)

Cependant, toujours dans sa lignée de prise de positions de principes, le dernier symbole phare de la politique arabe du candidat socialiste réside dans son engagement de reconnaitre les crimes de guerre  perpétrés durant la période coloniale en Algérie. Sujet absolument polémique, qui divise profondément le peuple de France, nous l’avons vu,  lors des déclarations d’Emmanuel Macron à Alger le 17 février dernier,  qui déclarait que la colonisation était un « crime contre l’humanité » animant l’éternelle polémique entre les partisans du « bienfait colonial » et les partisans des méfaits de la colonisation. Suite à cela, Le candidat d’En marche a publié une vidéo en ligne pour éclaircir son propos et mettre fin à la polémique qui risquait de dynamiter sa montée dans les sondages.

Benoit Hamon,  dans sa posture d’homme de principe,  veut chasser les vieux démons qui hantent l’histoire de France et « voir l’Histoire comme elle a été », c’est à dire un million et demi d’algériens tombés en martyr durant la guerre de libération nationale , et bien plus encore depuis le début de la période coloniale en 1830. Il considère d’ailleurs que « le quinquennat de François Hollande a fait un certain nombre de pas dans cette direction » mais compte bien aller plus loin :

« je m’engage à faciliter la tâche des historiens et des juges, en autorisant l’ouverture des archives françaises sur tout information utile qui serait en notre possession ».

Toutes ces prises de positions entre autres, lui ont valu d’être surnommé « Bilal Hamon » par la fachosphère (mais pas seulement) : le député Malek Boutih, ex-soutien de manuel Valls durant les primaires avait des mots très dure à son égard « Benoît Hamon est en résonance avec une frange islamo-gauchiste et fait un appel du pied électoral. C’est une stratégie d’attrape-tout. Pour obtenir un vote, tout est valable. C’est le pire des discours possibles, un discours de faiblesse. »

 

En définitive, la politique arabe de Benoit Hamon est imbibée de symboles politiques forts allant du Mashrek au Maghreb, préconisant une solution politique syrienne sans le « boucher » Bachar Al-Assad soutenu par les russes, la reconnaissance unilatérale de l’état de Palestine par la France nonobstant le véto étasunien et enfin les excuses adressées au peuple algérien pour les crimes de guerre perpétrés malgré un désaveu d’une partie du peuple français.

Une question reste en suspens, si les prises de positions de principes et les symboles politiques du candidat socialiste sont  prégnants, pourra-t-il tout mettre en œuvre une fois élu?

Sources :

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