La nécessaire intégration économique du Maghreb

Par Mohamed G.

L’Unité du Maghreb en fait rêver plus d’un, et ce depuis bien des décennies. Dès 1958, cette idée est prônée par les partis nationalistes – FLN algérien, Néo-Destour tunisien, Istiqal marocain… – à l’occasion de la déclaration de Tanger. Depuis cette date, les avancées ont été assez lentes, l’UMA (Union du Maghreb Arabe) est créé en 1989 mais demeure peu efficace, de nombreux traités de coopération sont signés mais très peu sont appliqués, en une phrase : Le Maghreb stagne. Face au manque de développement et aux contraintes économiques que rencontre la région, la mise en place d’un marché commun semble être la seule solution. Les grandes instances internationales telles que le FMI poussent régulièrement les pays du Maghreb – Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie – à développer une politique d’intégration régionale qui serait grandement favorable aux économies locales et mondiales. Début 2014, la Banque maghrébine d’investissement et de commerce extérieur (BMICE) était relancée, espérons qu’à terme, cela puisse aboutir à l’exploitation de l’important potentiel du Maghreb et de ses 93 millions d’habitants.

Une région face à de nombreuses contraintes

Les pays du Maghreb sont actuellement confrontés aux mêmes contraintes d’économie et de développement. Face à une population jeune avec un nombre croissant d’actifs, le chômage est plutôt élevé et va en augmentant. D’après les chiffres officiels de 2013, le taux de chômage était de 10,3% en Algérie, 9,2% au Maroc, et 17,2%  en Tunisie. Sur le plan social, la région reste très marquée par la corruption à toutes échelles et le clientélisme, et ce malgré les efforts pour faire disparaître ces pratiques. Cela comporte un coût social assez élevé, et peut à tout moment plonger le Maghreb dans une période d’instabilité comme ce fut le cas en 2011 lors du « Printemps Arabe ». Pour ce qui est du commerce international, le Maghreb « uni » tel que pensé en 1958 avait pour première vocation de constituer un front uni contre l’impérialisme, capable de vivre en autarcie régionale. Or, les impératifs économiques et politiques auxquels ont été confrontés ces pays nouvellement indépendants les ont contraints à développer plus de partenariats avec l’Europe et ainsi créer une certaine concurrence entre pays du Maghreb. Les relations verticales, Nord-Sud, ont été clairement favorisées, c’est pourquoi aujourd’hui, plus de 64% des exportations maghrébines sont à destination de l’Union Européenne (source : CNUCED). Le commerce intra-zone est quant à lui délaissé et représente moins de 3%, soit le plus faible du monde. Pour comparaison, il est de 60% pour l’UE, 56% pour l’ALENA ou encore 23% pour l’ASEAN. Il existe plusieurs facteurs à ce manque d’intégration régionale. Premièrement, les états du Maghreb ont cultivés une tendance à établir des politiques protectionnistes sur leurs économies respectives, notamment à l’aide de tarification douanières parfois élevées et de règles commerciales assez restrictives. Ainsi, l’attribution de licence d’importation au Maroc ou en Algérie est difficile si la production en question est déjà développée dans le pays, on cherche à favoriser le marché public en toutes circonstances. Dans la même optique, on peut également citer la politique algérienne des « 51-49 » qui s’applique de la même manière aux pays frontaliers qu’aux pays étrangers. Le protectionnisme n’est pas bon ou mauvais en soi, simplement, il peut constituer un grave obstacle à l’intégration économique et donc à la croissance. Deuxièmement, on peut, dans une certaine mesure, attribuer cette situation de « Non-Maghreb » à un manque de volonté réelle de la part des acteurs économique, ou du moins à un réveil tardif. En effet, il aura fallu attendre les débuts de crise mondiale pour que les principaux entrepreneurs maghrébins se réunissent pour songer à faire pression sur les États dans l’optique d’une meilleure intégration. Troisièmement, et non des moindres,  la région fait face, et ce depuis de nombreuses décennies, à de grands obstacles politiques. La complexité des relations algéro-marocaines, notamment sur le dossier du Sahara Occidental, peut en partie être responsable du non-établissement d’un véritable marché économique mais pas seulement. Le bouleversement des équilibres de la région, en Libye, avec la chute de Kadhafi, ou en Tunisie suite au Printemps Arabe possède aussi une responsabilité.

L’Intégration économique : une solution indiscutable

Au vu de différentes variables, la mise en place concrète d’un marché économique maghrébin semble essentielle à la poursuite du développement de la région. Le Maghreb a incontestablement besoin de s’émanciper des pays étrangers – nombre considérable d’importations européennes – et de relancer l’emploi. Avant toute chose, la multiplication d’échanges et investissements inter-étatiques aurait un impact considérable sur le chômage de masse qui s’est installé dans les pays du Maghreb, notamment celui des jeunes – diplômés ou non – qui est souvent source d’instabilité. Selon le secrétaire général de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) Habib Ben Yahia, la création d’une telle zone de commerce privilégiée pourrait créer entre 40 000 et 50 000 emplois et relancer la croissance régionale d’environ 2%. Un marché maghrébin unifié, fort de ses 90 millions de consommateurs, permettrait l’apparition d’économies d’échelles – soit la baisse des coûts unitaires de production en accroissant le nombre de biens produits – et augmenterait par conséquent les profits des entreprises. Ces mêmes profits pourraient également être accrus en raison d’une politique commune menée des instances supra-étatiques régionales qui établiraient une division des taches, afin d’uniformiser les exportations à l’étranger et de briser le climat de concurrence entre pays. La concurrence micro-économique, entre entreprises, serait au contraire source de grandes avancées pour tous. En effet, cela constituerait d’abord une forte incitation à l’innovation pour accroître les profits, eux-mêmes utilisés pour réinvestir, dans les entreprises elles-mêmes – recruter plus de main d’œuvre, former celle-ci, acheter des machines, … – ou alors dans d’autres secteurs, et ainsi de suite… Une région économiquement active deviendrait également plus attrayante pour les investisseurs étrangers, permettant une relance forte de la croissance. Sur le court terme, la Banque Mondiale estime le manque à gagner du « non-Maghreb » entre 3 et 9 milliards de dollars directs. Or, la région du Maghreb est aujourd’hui confrontée à de nombreux défis, économiques d’abord, mais également sécuritaires et seule l’intégration économique, amenant croissance, développement et cohésion sociale, pourrait lui permettre de les surmonter.

Un défi à relever

La première étape de cette intégration consisterait d’abord en l’abaissement de tout obstacle aux échanges puis de mettre en place une liberté de circulation de marchandises, services et capitaux – en d’autres termes une zone de libre-échange qui évoluerait progressivement vers un marché commun maghrébin. La deuxième étape quant à elle, consisterait pour les États de la région à adopter les mêmes politiques commerciales vis-à-vis des États tiers (tarifs, droits de douanes, etc…) dans le but de créer une véritable puissance économique qui deviendrait compétitive à échelle mondiale. Une fois ce stade atteint, la création d’une union monétaire, en adoptant une même devise, pourrait être envisageable, toujours dans le but de faciliter les échanges et d’assurer une stabilité économique et financière. Néanmoins, les éléments cités au-dessus ne peuvent être effectués sans efforts de la part des États eux-mêmes, mais  également de la part des particuliers. En effet, il est essentiel que les administrations de chaque pays développent une réelle volonté d’avancer dans l’intégration par la mise en place de politiques favorables à l’investissement et aux initiatives inter-maghrébines, que cela soit par le biais de subventions ou bien d’allègements fiscaux. Mais également par l’adoption de mesures étatiques communes, sur les plans économiques et politiques, qui passent notamment par l’adhésion à des organes tels que l’OMC (adhésion de l’Algérie en cours) ou par le renforcement ou la relance d’anciens projets de collaboration, tels que la Ligue Arabe et l’UMA qui restent dans l’impasse ou encore la ZALE (Zone Arabe de Libre Echange) sur une plus grande échelle. De leur côté, les grandes entreprises et les jeunes entrepreneurs se doivent de solliciter plus activement la création de cet énorme marché économique que représente le Maghreb. De plus en plus de projets d’IDE inter-maghrébins ou d’installation complète d’entreprises émanent de plus en plus, majoritairement de Tunisie et du Maroc, cependant ils restent dérisoires. Enfin, un travail d’information doit être effectué, par les autorités locales ainsi que les médias et les grandes figures économiques de la région pour sensibiliser les populations, en particulier les jeunes, à ce besoin d’union qu’éprouve le Maghreb.

3 pensées sur “La nécessaire intégration économique du Maghreb

  1. Salam tout le monde
    Tres bonne reflexion et bon commentaire sur un vieux reve que caresse toute la communauté maghrebine dans le monde .Mais est ce reellement le reve de toute notre communauté ?
    En effet que peut on penser lorsqu on sait que le Maroc reve toujours de “son grand Maroc ” et serait pret a tout pour revenir a un territoire imaginaire et résultant d un partage datant d ´avant son independance et ayant ete plusieurs fois remit en question par les etats coloniaux de l ´epoque , territoire incluant presque tout le sahara , une partie de l Algerie , toute la Mauritanie et j ´en passe encore ! Alors le Maroc s’ est mit a rever , apres une gestion economique desastreuse du pays actuel et de timides mouvements de rue sans cesse reprimés , une presse muselée , un chomage grandissant , une pauvreté accrue et une survie due a la bonne generosité de l occident , le Maroc s ´est mit a rever du ” Grand Maroc ” ! Ce n est pas pour rien qu’a la conference de Marackech le Maroc est le pays qui a signé le moins de resolutions concertant l’union du mahreb ! Pourquoi ca ? Tout simplement parce que le Roi du Maroc n’est pas interessé pas un maghreb uni et qu ´il veut etre seul maitre a bord d’ un empire perdu et que dans sa schizophrenie il considere comme reel , le pauvre , lui qui a deja tant de mal a gerer un miniscule royaume et qui voudrait bien que son peuple retrouve un peu de fierté .Quand on se met a ceder une part de son territoire a ses anciens maitres, si minime soit elle , parce qu on a faim ou qu’ on est incapable de gerer on ne caresse pas des reves démeusurés et on accepte la main tendue des pays freres dans l ´espoir d ´une veritable union et d’ une independance socio-economique que chacun attend et espere mais que d autres trahissent eternellement . Alors je ne pense pas que le Maghreb uni soit pour demain mais j’espere qu’ un jour nous aurons cette chance , inchallah !
    Je tiens juste a préciser que je n’ ai rien contre nos freres marocains que je salue au passage mais il serait bon que leur roi ne s’enferme pas dans son entêtement et les empêche d’acceder a plus de liberté , liberté de circulation tout d’abord , dans un immense Maghreb mais aussi l’ouverture d’ un marché commun benefique a tous avec plus de richesse et d’echanges et des partenariats dignes de ce nom et respectés de part et d autres pour pouvoir esperer un jour reprendre notre place au sein du commerce internationale au grand profit de tous !
    Salam

  2. En tant qu’algérien, je m’interdis de croire en cette utopie dite “Maghreb Uni”, avant de créer un Maghreb uni, il faut d’abord que les citoyens maghrébins arrivent à partager les mêmes principes de liberté et de dignité. Hormis la géographie, tout nous sépare; nous ne pouvons en aucun cas adhérer à un projet commun avec le Maroc pays hostile. Avant de concilier les économies, il faut réconcilier les histoires. En revanche j’aimerais que l’Algérie et la Tunisie puissent aller de l’avant et créer un espace commun pour une intégration économique. Algériens et tunisiens sont pacifiés et ont beaucoup à s’apporter mutuellement.

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