La politique étrangère arabe du Front National

 

Dans maintenant un peu moins de vingt jours, les Français se dirigeront vers les urnes afin d’élire leur nouveau président ou leur nouvelle présidente. Sowt Al Arab a donc voulu vous présenter les visions des différents programmes sur la politique étrangère à mener dans le monde arabe.

Le FN adopte une politique étrangère qui diffère profondément de la politique menée par le gouvernement socialiste. La présidente du FN ne cesse de prôner une restauration d’une politique étrangère dans le monde arabe indépendante des Etats-Unis, à travers une politique d’équilibre au Proche-Orient. Trump aux Etats-Unis, Poutine en Russie, le vent tourne en faveur du soutien des états-nations et le FN s’inscrit principalement dans cet esprit. Dans sa lutte contre le djihadisme, le FN remet en question les liens entretenus par la France avec les pays du Golfe et dénonce le délaissement du Maghreb et du Mashrek — parts intégrantes de la francophonie —, des régions dans lesquelles les États-Unis apparaissent bien plus impliqués.

L’État syrien, un allié objectif contre le fondamentalisme islamiste

Le Front National soutient une position claire sur le dossier syrien : une alliance avec le pouvoir en place. Le Front National propose une coopération avec la Russie, l’État syrien et l’Iran afin de lutter contre le terrorisme islamique et une indépendance de la France vis à vis des Etats-Unis.  Pour pallier la crise syrienne, le Front National insiste sur la nécessité d’« une alliance stratégique poussée, fondée sur un partenariat militaire et énergétique approfondi[1] avec la Russie ». En somme, le FN appelle à rétablir les relations diplomatiques rompues par la France ainsi que l’Union avec le régime syrien.

L’intérêt que porte le FN pour la Syrie s’instaure également dans une idée de sauvegarde de la francophonie dans la région.

Palestine : pour une reconnaissance des frontières de 1967

Bien que le Front National soit divisé sur la question, le vice-président Florian Philippot, ainsi que la députée du Vaucluse Marion Maréchal Le Pen, affirment être pour une solution à deux états.

« Nous sommes nous pour la reconnaissance de deux Etats qui vivent dans la sécurité, qui se reconnaissent l’un l’autre, on ne peut pas continuer des négociations avec un Etat israélien et un Etat qui finalement n’existe pas pour la communauté internationale, il faut donc les reconnaître, à charge pour l’Etat palestinien de reconnaître l’Etat d’Israël et de lutter contre le terrorisme en son sein ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui [2]»  Florian Philippot, 2014

Si le fondateur du Front National affichait traditionnellement une position pro-palestinienne et n’hésitait pas à réprimander l’état israélien qu’il accusait de « colonisations », l’orientation du parti est désormais nettement mois antisioniste qu’elle ne l’était, c’est notamment ce qu’avait affirmé l’ancien conseiller aux questions internationales de Marine le Pen, le géopolitologue Aymeric Chauprade en 2014. Le Secrétaire générale du FN, Nicolas Bay, s’est par ailleurs rendu en Israël le jeudi 26 janvier afin « d’émettre un message d’amitié à Israël et aux Israéliens[3] ».

Le Front National et le Liban 

Le Front national entretient des liens particuliers avec le Liban et ce depuis la guerre civile libanaise entre 1975 et 1990. A cette période, certains militants frontistes étaient engagés auprès des milices phalangistes et lorsque Aoun—à l’époque président du Conseil des ministres libanais—, s’exila en France et continua d’entretenir des liens avec Jean-Marie Le Pen.

Marine Le Pen s’y est par ailleurs rendu le lundi 20 février et a rencontré le président Michel Aoun. Le Liban compte environ 23 000 ressortissants français dont 9% avait voté en faveur du Front National en 2012.

Sa visite au pays du cèdre s’inscrit également dans une volonté de réaffirmer ce combat en commun que partage le Front National et les chrétiens d’Orient, autrement dit la sauvegarde de l’héritage chrétien en Orient, le combat contre le fondamentalisme, mais aussi le renforcement des liens au nom de la francophonie.

Oui aux Émirats, Non à l’Arabie Saoudite et au Qatar

Dans sa critique et sa dénonciation du terrorisme, le Front National vise indirectement et parfois plus directement le Qatar, l’Arabie Saoudite et notamment la Turquie qui étaient soupçonnés dans un communiqué de presse du 29 novembre 2015 d’entretenir des « relations opaques avec l’État islamique ». Bien qu’ils soient tous deux membres de la coalition arabe contre Daesh, l’Arabie Saoudite et le Qatar soutiendraient et financeraient en sous-main le fondamentalisme religieux dans la région. La Qatar avait d’ailleurs porté plainte en avril 2015 pour diffamation contre Florian Philippot car il a déclaré sur Radio Classique et LCI peu après les attentats de Charlie Hebdo que « ces pays—l’Arabie Saoudite et le Qatar— financent l’islamisme qui tue ».

« La France doit Rompre ses relations avec le Qatar et l’Arabie saoudite qui ont aidé, assisté, financé les fondamentalistes islamistes à travers le monde. On ne peut donc pas être dans une coalition avec ces pays-là. Il faut s’appuyer sur les pays qui luttent contre le fondamentalisme dans le monde, les pays musulmans qui luttent contre le fondamentalisme. Je pense aux Émirats arabes unis, je pense à l’Égypte et beaucoup d’autres pays qui sont conscients du danger que représente ce fondamentalisme. Ce sont des gens en relation en matière de renseignement avec l’Algérie qui a une grande expérience dans la lutte contre le fondamentalisme. Il faut être capable de choisir nos alliés, ne pas s’allier avec des gens qui ont en réalité un objectif différent des nôtres. Il faut avoir une grande coalition avec les pays arabes et ne pas se mettre sous la coupe des Etats-Unis, qui sont la nation la plus discréditée dans cette partie du onde compte tenue de l’histoire récente[4] ». Marine Le Pen, France 24

Le FN entretient cependant des rapports particuliers aves les Emirats arabes unis, qui n’a jamais été critiqué par le parti. En octobre 2016, Outre le soi-disant financement que le FN recherchait auprès des Émirats arabes unis en octobre 2016, le parti frontiste n’hésite pas à faire l’éloge du régime d’al-Sissi, l’adversaire des frères musulmans soutenu par les Émirats. Selon Nicolas Bay, « il y a une différence fondamentale entre le Qatar les Emirats arabes unis. Les Émirats combattent l’islamisme radical, le Qatar soutient et finance les factions islamistes. »

Le Font National s’est de plus doté d’un nouvel énarque qui tente de se faire remarquer dans les médias : Jean Messiha. Ce haut fonctionnaire au ministère de la Défense, d’origine égyptienne et arabophone, est devenu l’une des têtes pensantes du parti. Il n’hésite pas à s’entretenir avec des journalistes de médias arabes tels que Monte Carlo Doualiya[5], Extra News[6], ou encore sur France 24 Arabic avec lesquels il s’exprime dans un parfait arabe dialectal égyptien. Ainsi, Jean Messiha en contribuant intensément à la dédiabolisation du parti dans les pays arabes et en diffusant le programme du Front National auprès des arabophones, s’affirme être un réel atout pour le parti qui tente de soigner sa vitrine.

S’ajoute également la question de la double nationalité « extra-européenne » avec laquelle le parti a toujours souhaité en finir. Les binationaux franco-algériens — entre 1 millions et 2 millions, bien que ce chiffre ne soit pas officiel— seraient les premiers concernés étant donné qu’ils composent la plus grande part des binationaux. Marine Le Pen a abordé de nouveau le sujet lors de son déplacement au Liban. Elle modère son propos en concédant que que cette mesure pourrait éventuellement ne pas être rétroactive et qu’elle n’excluait pas la possibilité d’exceptions.

 

[1] http://www.lepoint.fr/politique/fn-une-politique-etrangere-anachronique-page-2-22-01-2014-1782914_20.php#xtatc=INT-500

[2] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/couacs/2014/11/20/25005-20141120ARTFIG00052-la-reconnaissance-de-la-palestine-divise-les-deputes-fn.php

[3] http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/01/27/35003-20170127ARTFIG00324-le-fn-n-est-toujours-pas-le-bienvenu-en-israel.php

[4] https://www.youtube.com/watch?time_continue=9&v=nNZKTR6gj9U

[5] https://www.youtube.com/watch?v=ZwTjVDxGX1U

[6] https://www.youtube.com/watch?v=ZwTjVDxGX1U

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