L’Algérie et l’Égypte sont-ils les clés de l’énigme libyenne ?

Par Yanis Atigui

L’Algérie reçoit actuellement une quinzaine de chefs politiques et militaires libyens pour trouver un consensus face à la crise libyenne. Cette réunion a pour but d’unir les différents chefs libyens et faire en sorte qu’un nouveau gouvernement soit formé. L’Algérie, qui abrite cette réunion, se montre avec l’Egypte, intimement lié au conflit qui déchire la Libye depuis 2011.

Retour sur la situation et la montée du Terrorisme en Libye

La situation en Libye paraît désastreuse depuis la victoire du Conseil National de Transition sur la Jamahriyya arabe libyenne de Mouammar Kadhafi. Cette première guerre civile libyenne a d’autre part déchiré le monde arabe : d’un coté les pays du golfe, la Jordanie, la Tunisie, le Soudan et l’Egypte qui ont soutenu les rebelles, et d’un autre coté, la Syrie et l’Algérie qui soutenaient fermement le régime de Kadhafi. La complexité de la situation libyenne est comparable à la situation irakienne actuelle. En effet, la chute du pouvoir a permis aux groupuscules islamistes ­— qui ont instrumentalisé le conflit — à se soulever et déclarer la guerre aux autres milices révolutionnaires. Il y a actuellement deux gouvernements, l’un à Tripoli qui est représenté par le Congrès général national, et l’autre à Tobrouk avec la chambre des représentants à sa tête. Les groupuscules islamistes font eux partie intégrante de l’Etat Islamique. Originairement, ces groupes se présentent sous forme de brigades—Ansar Al Charia, la brigade du 17 février — liées de près ou de loin à Al Qaida. Les frontières qui séparent les différents états d’Afrique du Nord ont négativement influé sur le conflit libyen : la frontière nigero-libyenne a permis la transmission d’armes entre les différents groupes armées islamistes du Sahel. Les pays qui demeurent les plus concernés sont en réalité l’Egypte et l’Algérie, pays frontaliers de la Libye, et historiquement proche de la Libye.

Intervention égyptienne et rapprochement avec l’Algérie

Face à ce conflit qui déchire le peuple libyen, les pays voisins se sentent de plus en plus menacés. Depuis le retrait des forces étrangères à la fin de la première guerre civile libyenne, les réclamations de la part de certains états tel que le Tchad sont en faveur d’une nouvelle intervention de l’OTAN.

Le mardi 17 février 2015, le président égyptien a demandé l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU pour une intervention en Libye en prônant le fait que la situation libyenne est une menace pour le monde. Cependant, Égypte revient sur ses positions, pour réfléchir plus sérieusement sur la question, en décidant de ne pas se prononcer devant le Conseil de sécurité. Ces menaces prennent forme par le biais d’exécutions violentes, telles que le massacre de 21 coptes. Ce massacre, revendiqué par l’Etat Islamique, a durcit la politique égyptienne à l’égard des djihadistes libyens et le président égyptien Sissi est le premier — en ayant bombardé des zones stratégiques — à intervenir militairement dans cette seconde guerre civile libyenne. L’Algérie, qui a été longtemps opposé à une intervention, se réveille enfin en voulant réunir les différents chef politique cette semaine, tout en réfléchissant à une possible intervention dans les mois à venir. Le vice-ministre algérien chargé des Relations maghrébines et africaines, M. Messahel affirme :

“L’Algérie et l’Egypte partagent la même position concernant le règlement de la crise en Libye. Nous sommes pour un règlement politique de la crise et soutenons la lutte antiterroriste ainsi que les efforts entrepris par l’ONU et les pays voisins.”

L’Algérie et l’Égypte se sentent profondément menacés et décident progressivement de s’unir, cette entente entre les deux états s’avère être un espoir pour les coopérations inter-arabes. En revanche, ce conflit est de facto un conflit arabe, et le consentement et la prise de conscience des pays arabes s’avère primordiale avant toutes réclamations faites aux pays étrangers. 

L’importance d’une résolution régionale

Les forces armées algériennes et égyptiennes semblent être les meilleurs armées d’Afrique, en terme d’équipements et d’effectifs. Ces faits démontrent que les deux armées sont amplement aptes à intervenir en Libye pour venir en aide, fraternellement à la nation libyenne. L’Algerie s’oppose à une intervention étrangère et particulièrement une intervention française. En effet, si intervention il y a, ce devrait être une intervention arabe dans le cadre d’une coopération algero-egyptienne.

Le compte rendu du premier jour de cette réunion : 

M.Messahel affirme lors de la réunion :

«L’Algérie qui partage avec la Libye sœur des relations de voisinage, la lutte contre le colonialisme et une histoire commune, ne pouvait rester les bras croisées alors que les frères libyens en proie à la fitna traversent la plus dangereuse des étapes menaçant leur pays et leur unité (…) l’Algérie n’a ménagé aucun effort pour accompagner les frères en Libye et œuvré à unifier les rangs et trouver une issue à la crise dans ce pays».

Cette réunion projette avec espoir, la volonté d’établir un consensus national, pour réunifier le peuple libyen et stabiliser la situation nationale, mais aussi régionale. Cependant, ces discussions vont-elles réellement aboutir à une solution ?

 

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