Législatives en Israël : Netanyahou a t-il fait son temps?

Par Yannis Boustani

Mardi 17 mars auront lieu les élections législatives anticipées israéliennes qui doteront le pays d’un nouvel exécutif. Benyamin Netanyahou  bien qu’à l’origine d’une dissolution précoce de la Knesset voit son leadership affaibli et ses chances d’occuper pour la quatrième fois le poste de Premier ministre se restreindre à vue d’œil. Les récents scandales, les préoccupations économiques et non sécuritaires ainsi que l’apparition d’une alliance stratégique des Arabes semblent augmenter ses chances de réussite mais rien n’est encore joué: Bibi a-t-il fait son temps? Et quand bien même il serait réélu : quels changements peut-on espérer de ces nouvelles élections?

 Le 2 décembre dernier le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, en limogeant les  deux ministres centristes de son gouvernement appelle à une dissolution express du Parlement. Le ministre des finances centre-droit Yaïr Lapid et la ministre centre-gauche de la justice Tzipiz Livni trop critiques à l’égard de la politique menée ont été remerciés par le leader israélien, fermement décidé à ne tolérer « aucune opposition au sein de son gouvernement ». Confiant et sûr de son assise nationale autant qu’internationale Netanyahou se lance donc dans la conquête de son quatrième mandat en tant que Premier ministre. Pour guider ce qu’il considère comme l’état nation du peuple juif il n’y a que lui ou le néant, c’est à dire la gauche.

L’inévitable droitisation d’Israël ne saurait être gérée par un autre camp. Fier et enfermé dans ses certitudes, Netayahou ferait cependant mieux de se méfier. Les israéliens sont lassés des alliances sécuritaires qui ne répondent pas véritablement aux problématiques quotidiennes: explosion du prix du logement, pouvoir d’achat, inégalités… en une décennie, Netanyahou a été beaucoup plus actif sur la défense idéologique et militaire mais beaucoup moins sur la politique intérieure.  Les scandales relatifs au train de vie des Nétanyahous, la visite imposée du premier ministre devant le Congrès américain sans l’accord du président Obama qui fragilise le principal soutien de l’état hébraïque …  Autant de raisons pour l’opinion publique d’exercer un esprit critique pour les prochaines élections. C’est donc sans grand étonnement que les derniers sondages évoquent un vote Likoud en baisse et ainsi un Netanyahou en danger face à un centre-gauche, représenté par l’Union sioniste, légèrement en tête. Pourtant rien n’est encore joué! La vie politique israélienne est régulée par un système électoral très spécifique. Le principe du suffrage proportionnel au taux incroyablement bas et la méthode de  désignation d’un gouvernement par les élus dégagent deux enjeux pour les futures élections:

  1. Elles détermineront le prochain exécutif qui guidera la politique nationale
  2. Elles déboucheront sur des tractations et coalitions. La Knesset est une mosaïque de représentations : Obtenir une majorité fixe, d’un unique parti, est extrêmement compliqué, d’où l’usage récurrent et instable de coalitions gouvernementales entre un grand parti et d’autres mouvances beaucoup plus réduites mais qui font indéniablement la différence .

La spécificité du modèle électoral israélien: La démocratie des partis

Tous les quatre ans, les 120 représentants israéliens, équivalents de nos députés, sont renouvelés à l’aide d’un mode de scrutin spécifique : toutes les listes recevant au moins 3,25 % (depuis 2015) des suffrages seront représentés à la Knesset. Ce taux très bas explique la multitude de partis représentés, d’où la nécessité de former des coalitions basées sur des concessions, afin d’obtenir une majorité pour gouverner le pays.

Ce scénario est plausible mais devra s’accommoder d’un fait particulièrement exceptionnel. Pour la première fois de leur histoire politique, les Arabes d’Israël ont profité de l’opportunité  pour construire une alliance stratégique afin de faire peser leurs intérêts. Ironie du sort puisque cette  initiative trouve ses origines dans la loi du ministre des affaires étrangères Lieberman qui a indirectement permis cette coalition en relevant le seuil de représentativité des voix de 2% à 3,25%.  L’alliance, certes ne modifiera pas toute l’élection, mais pourra appuyer une coalition gouvernementale de centre-gauche pour faire barrage à la réélection de Bibi et en favorisant Herzog. Cette alliance historique n’empêche en rien, de l’autre côté du mur,  l’appel du Hamas au boycott des prochaines élections sous prétexte « qu’aucun changement dans la politique raciste d’Israël n’est à prévoir » d’autant plus que l’influence des “arabes-unis” ne semblera pas puissante d’une part en raison de leurs réseaux limités d’autre part en raison des signes de futur éclatement, en particulier sur le choix de participer, ou non, à une coalition mené par le leader du centre-gauche Herzog1.Sans nul doute Benyamin Netanyahou, profitant de son implantation historique, va réussir à bénéficier d’un score plus qu’honorable qui lui permettra par la suite de composer avec des forces politiques d’appoint sensibles à sa vision. Le parti des retraités, les partis religieux et autres d’extrême droite pourront ainsi donner au patron du Likoud le privilège de conserver son poste. Caractéristique de “leader” qui  tend, elle aussi, à s’effriter dangereusement au sein de son propre parti … Ce qui est significatif pour un homme politique d’envergure comme Netanyahou.

Une alliance historique des partis arabes pour quel bousculement politique?

À quelques jours des élections, la liste arabe unifiée s’impose comme la troisième force politique du pays derrière le Likoud et l’Union Sioniste. Le 22 janvier dernier Hadash (parti communiste), le Mouvement islamique Ta’al (mouvement arabe pour le renouveau) et les nationalistes de Balad par l’officialisation de leur alliance de circonstance ont affirmé leur envie d’écarter leur divergences pour représenter les intérêts de plus de 20% de la population qu’il juge discriminé. Les sondages prouvent leur influence grandissante ce qui pourrait se traduire une fois les élections passées par une coalition anti-Netanyahou. Une analyse réaliste appelle pourtant à la mesure : les partis sont idéologiquement divisés, certains comme Haneen Zoabi ne veulent absolument pas d’une coalition avec le centre-gauche. Menée par l’avocat Ayman Odeh la liste arabe unifiée pourrait vite se diviser, toutefois cette union reste notable car révélatrice d’une évolution des rapports de forces politiques.

Les prochaines élections, sauf cas de crises parlementaires ou sécuritaires majeure, ne s’inscrivent donc pas dans un virage politique mais plutôt dans une logique politicienne marquée par la critique de la figure de Netanyahou, critique d’une personnalité historique qui interpelle quant aux dynamiques de fond que connaît le pays.Les élections législatives restent donc incertaines. Même en cas de changement de majorité, les dossiers palestiniens, du nucléaire iranien et de la qualité de vie des habitants arabes ne seront probablement pas abordées d’un regard très différent. En revanche, les dernières manifestations estudiantines démontrent que la jeunesse israélienne se « réveille », avide de paix et de changement, tandis que les minorités arabes connaissent un boom démographique qui pourraient bien renverser le rapport de force politique d’ici quelques années.

Une Israël et des élections à surveiller mais surtout à analyser dans un Moyen-Orient constamment au bord de l’implosion.

  1. À noter également le poids de la liste du camp national et social guidé par l’ex-ministre d’origine libyenne Moshe Kahlon qui est créditée de neuf sièges dans les derniers sondages. Il n’a pas encore indiqué s’il participerait à une coalition avec le centre-gauche ou le Likoud, encore une fois les tractations politiciennes seront le point central de ces élections et de l’avenir de Netanyahou.

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