L’Égypte de Sissi : une politique internationale nouvelle

Par Mohamed G.

Tantôt décrit comme le Nasser des temps modernes, tantôt comme un simple dictateur sorti des urnes, Abdel Fattah al-Sissi, président de l’Égypte, a fait couler beaucoup d’encre depuis son élection le 28 mai 2014. Cet ancien ministre de la Défense de Mohamed Morsi et auteur du coup d’Etat ayant renversé ce dernier en juillet 2013, semble avoir redonné un nouveau souffle patriotique à son pays, et ce malgré les divergences d’opinions qui peuvent coexister. En effet, au-delà de ses discours empreints d’une rhétorique nationaliste arabe et de ses projets de construction pharaoniques (cf. l’agrandissement du Canal de Suez prévu pour cet été) faisant vaguement penser au défunt Raïs des années 1960, Sissi tente coûte que coûte de redresser l’Égypte sur l’échiquier international et de tourner définitivement la douloureuse page des Printemps Arabes.

La diversification des partenaires, un air d’indépendance pour l’Égypte ?

Si son prédécesseur avait été couvert de bénédictions étrangères à l’Est comme à l’Ouest pour son élection « démocratique », les débuts du président Sissi ne furent pas aussi faciles. Après le coup d’État et les débuts de la répression des Frères Musulmans, le maréchal ne pouvait être vu d’un bon œil par la communauté internationale, en particulier par les nouveaux «  alliés » qu’avait commencé à se faire Morsi. C’est pourquoi son arrivée au pouvoir a dans un premier temps suscité un certain embarras des Occidentaux, inquiets quant à un retour des militaires au pouvoir rappelant l’autoritarisme de Moubarak. La coopération militaire américano-égyptienne sera même suspendue par la Maison Blanche jusque début 2014. Cependant, aucun des pays occidentaux ne se risqua à parler de coup d’État, et une fois les élections passées, les tensions semblèrent s’apaiser.

Une fois au pouvoir, Sissi n’a pas tardé à entamer une diversification des partenaires commerciaux de l’Égypte — à l’instar de Morsi auparavant — et à apprivoiser la communauté internationale en se montrant comme un interlocuteur de premier choix dans la lutte contre le fanatisme religieux. Ainsi, en décembre, un partenariat sino-égyptien fut lancé, par lequel Pékin s’est engagé à réaliser de nombreux projets d’infrastructures en Égypte. Sissi a également opté pour un rapprochement avec la Russie à l’issue d’une visite à Sotchi en août qui a permis au Caire et à Moscou de renforcer leur coopération dans le domaine militaire ainsi que dans le secteur agroalimentaire. Plus récemment, la présidence égyptienne a reçu Vladimir Poutine en personne — accueilli de manière triomphale au Caire — et un accord de coopération nucléaire a été signé, avec probablement la relance future du projet de construction de la première centrale nucléaire égyptienne dans la région d’El-Dabaa, suspendu depuis 1983. La création d’une zone de libre-échange entre l’Égypte et l’Union douanière formée par la Russie, le Belarus et le Kazakhstan aurait été conclue par la même occasion. Du côté de l’Europe, on peut noter le contrat non négligeable signé avec la France portant sur la livraison de 24 avions de combat Rafale, une première pour le Rafale lui-même qui a enfin trouvé son premier client, mais aussi pour l’Égypte qui n’a plus fait appel à d’autres fournisseurs que les États-Unis depuis les années 1980. De plus, contrairement aux F-16 américains, qui constituent l’essentiel de l’aviation égyptienne, ce nouveau matériel n’est pas bridé pour conserver la supériorité d’Israël et son utilisation ne nécessitera pas de demande d’autorisation.

Ce renforcement des liens avec des partenaires extérieurs autrefois mis sur le second plan au profit des États-Unis semble parfaitement illustrer la volonté du nouveau pouvoir égyptien d’afficher une posture indépendante sur la scène internationale – à l’image du « non-alignement » tant défendu par Gamal Abdel Nasser – et ainsi de tenter de se démarquer de l’influence américaine pesant sur l’appareil étatique depuis les accords de Camp David de 1978.

Une lutte contre les Frères Musulmans à grande échelle

Tout le long de la deuxième moitié du XXème siècle, le pouvoir égyptien a été « dérangé » par la présence des Frères Musulmans sur son territoire. Réprimée par Nasser, dissoute, puis agissant dans l’ombre, la confrérie s’est finalement accaparée de la présidence en 2012 par le biais de l’élection de Mohamed Morsi suite au renversement de Moubarak. Malheureusement pour les adeptes du socialo-islamisme, cette parenthèse ne dura pas, et la répression de la part de l’Armée, traditionnelle rivale des Frères Musulmans, repris de belle. Ainsi, depuis la prise de pouvoir de Sissi, les emprisonnements se multiplient, les exécutions, avec ou sans jugements, font monnaie courante, la confrérie a été dissoute et tout récemment, son chef, Mohamed Badie, a été condamné à la prison à perpétuité : on assiste à une véritable guerre d’annihilation contre ceux qui représentent de loin le principal ennemi intérieur du régime.

Néanmoins, cela comporte sans aucun doute une incidence sur la politique extérieure de l’Égypte. Outre les quelques appels au respect des droits de l’homme, cette élimination politique de l’organisation islamiste influe la diplomatie régionale. De facto, les anciens soutiens dont avait pu s’entourer le régime des Frères Musulmans sont vus comme des ennemis, et inversement. On peut par exemple noter les relations assez tendues qu’entretiennent la Turquie et l’Égypte, Le Caire accusant Ankara de soutenir les « terroristes ». Suivant le même principe, le régime de Sissi est au cœur d’un conflit avec le Qatar que l’on pourrait presque qualifier de « Guerre Froide ». En effet, le petit émirat rival de l’Arabie Saoudite est lui aussi accusé de financer les Frères Musulmans, et plus que ça, il avait apporté une aide de 7 milliards de dollars au régime de Morsi. Depuis l’arrivée au pouvoir du maréchal Sissi, l’Égypte et le Qatar sont en brouille et ce malgré l’expulsion de sept membres influents de la confrérie résidants jusqu’alors sur le territoire qatari. Cette querelle s’est notamment fait ressentir au mois de juin,  lorsque trois journalistes d’Al-Jazeera — chaîne télévisée appartenant au Qatar — ont été condamnés à des peines de prisons allant de 7 à 10 ans pour avoir couvert des manifestations pro-Morsi. Le 17 février, l’armée égyptienne a bombardé les positions détenues par l’État Islamique en Libye en réponse à l’exécution de 21 coptes égyptiens et a appelé l’ONU à prendre des mesures contre l’organisation islamique. Suite à cela, le Qatar a dénoncé une action « unilatérale » de l’Égypte provoquant une réaction inattendue de celle-ci, qui a ouvertement accusé l’émirat de soutenir des organisations terroristes. L’ambassadeur du Qatar en Égypte a aussitôt été rappelé et les deux pays sont actuellement en pleine crise diplomatique.

Les autres pays du Golfe quant à eux — Arabie Saoudite, Emirats Arabe Unis, Koweït, Oman et Bahreïn —, toujours effrayés à l’idée d’avoir à surmonter des vagues de contestations contre leurs pouvoirs et idéologiquement éloignés des Frères Musulmans, ont adopté une politique plutôt « pro-Sissi » comme peuvent en témoigner les 23 milliards de dollars d’aide apportés au régime et la récente visite de Sissi au roi Salmane d’Arabie Saoudite. Toutefois, les membres du Conseil de Coopération du Golfe ont automatiquement démenti les accusations égyptiennes à l’encontre du Qatar dans le but de ne pas froisser celui-ci, les relations diplomatiques ayant repris leur cours normal en novembre avec le retour des ambassadeurs saoudiens, émiratis et koweïtis qui avaient été rappelés sept mois plus tôt. Une réaffirmation de leur soutien à l’Égypte dans la lutte contre le terrorisme a tout de même été effectuée afin de garder une certaine neutralité. Ainsi, le conflit entre l’Armée et les Frères Musulmans au plan local impacte fortement la position géostratégique de l’Égypte et donc le système d’alliances régionales.

L’Égypte de Sissi a de toute évidence vocation à rétablir sa grandeur passée comme l’a lui-même déclaré le nouveau raïs. Cette volonté s’illustre par des projets intérieurs mais aussi, et surtout, par une réaffirmation de la position égyptienne sur la scène internationale. Ainsi, les prises de positions contre la Turquie et le Qatar, l’intervention contre l’État Islamique au Levant et dernièrement en Libye, le développement de nouveaux partenaires ou encore l’obtention d’un matériel militaire de pointe, participent à la mise en place cette nouvelle image que veut renvoyer le pouvoir égyptien : une Égypte forte, capable de récupérer à terme une place de leader pour le monde arabe.

Une pensée sur “L’Égypte de Sissi : une politique internationale nouvelle

  1. M. le président de l’Egypte du 21e siècle, M. El Sissi
    Monsieur, je suis Égyptien de naissance et de coeur, et Canadien de résidence, et je me nomme Raymond Siag.

    M. El Sissi, Je ne veut pas faire de compliments mais je trouve que vous semblez être un Egyptien désintéressé et de coeur. À ce jours vos réalisations vous honorent et contribuent à vous considérer comme l’égyptien vrais, voulant faire de notre pays ce qu’il a toujours été, honnête, franc et souffrant des nombreux maux inhérents à l’évolution de tout être ou organisme vivant.

    M le président, vous et nous, sommes des amoureux de l’Égypte de nos origines et de notre patrie, et nous sommes fiers et heureux de vous voir à la tête de notre pays.

    M. Sissi, SVP, ne nous décevez pas comme le furent vos prédécesseurs, nous tous sommes des êtres identiques, nés ayant vécus, évolué et adopté les croyances et cultures de nos pères, sans le savoir, le demander ou le comprendre mais, nous avons tous reconnu la différence entre le bien et le mal, tels que nous le firent enseigné nos guides religieux, de quelque religion qu’ils furent:

    M. El Sissi, je n’ai aucune intention de parler ou discuter religion, nous prions tous le même Dieu et nous reconnaissons les mêmes croyances du droit de chaque être de vivre selon d’autres croyances. M. le président, par vos décisions et actions vous avez dévoilé votre désir de reconnaître le droit de chaque être de choisir les enseignements et croyances qui lui sont les plus conformes à ses propres valeurs. M. le président, continuez à oeuvrer dans l’intérêt de tout être, de quelque région ou croyance qu’il fut pour faire évoluer l’humanité vers une culture enviable par toutes les nations du monde.

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