L’Emir Abdelkader – La vie et le souffle (1/2)

Par Yannis B.

رأى البرقَ شرقياً، فحنَّ إلى الشرق   Qui voit l’éclair surgir à l’Orient, aspire après l’Orient ;

 و لو لاحَ غربياً لحنَّ إلى الغربِ        s’il éclate pour lui à l’Occident, qu’il aspire donc à l’Occident.

 فإنّ غرامي بالبُرَيْق و لمحِهِ            Mon désir c’est l’éclair dans sa fulgurance

 و ليسَ غرامي بالأماكِن و الترْبِ      et non pas l’endroit qu’il a touché.

A l’occasion de la première attribution du Prix Emir-Abdelkader de la promotion du vivre ensemble et de la coexistence pacifique en méditerranée et dans le monde le 21 septembre 2016, l’équipe de Sowt al Arab a tenu à vous offrir un essai de portrait de cet homme au parcours unique. Figure déclassée de l’histoire moderne, Abdelkader Ibn Muhieddin (littéralement fils du vivificateur de la religion) n’a pourtant rien à envier aux Gandhi et autres Mandela. Son message reste d’une remarquable actualité en des temps troublés où foi, raison et inter-connaissance des cultures s’enlisent dans le conflit meurtrier. Rien ne prédestine pourtant ce petit bédouin d’une noble lignée de la région d’Oran à un destin aussi exceptionnel. Qui a soif d’élévation et d’exemplarité trouvera dans l’Emir une source d’identification positive. Une source profonde car ses facettes sont à l’image des 99 noms de l’Un. Savant, chef de guerre contre l’occupant français, ami de Napoléon III, protecteur des chrétiens d’Orient lors des émeutes de Damas en 1860, grand mystique s’inspirant de la doctrine du Sheikh al-Akbar, surnom d’Ibn Arabi, apôtre de la fraternité et du dialogue, etc., il n’y aura jamais assez d’encre pour retracer, citer, exposer toutes les lignes d’une existence si féconde. Vous trouverez ici un humble exposé des 7 piliers d’une vie inoubliable qui continuera – Si Dieu veut – à nous inspirer par-delà les époques et les prêches de discorde.

De l’éducation pieuse à la guerre juste

1808, plaine de la Guetna, près de Mascara, notre homme voit la lumière du jour, et dans des conditions des plus favorables. Abd-el-Kader est fils de Muhieddin, chef tribal mais aussi spirituel d’une zaouïa dans l’Ouest de ce que l’on appelle aujourd’hui l’Algérie. Sous occupation ottomane les tribus du Maghreb vivent en tant qu’açabiyya. Rien, si ce n’est le partage de l’Islam et les alliances, ne fonde un sentiment d’appartenance entre les familles. L’ascendance noble du jeune Abdelkader le prédispose à l’étude exégétique. Lointain descendant du Prophète Mohamed, le jeune Abdelkader étudie dès son plus jeune âge le Saint Coran et les recueils des paroles prophétiques. Le Livre et la Sunna ne cesseront de le guider tout au long de sa vie y compris lors des périodes les plus sombres. Sa famille se rattache à la confrérie Qadiriyya, fondée par Abdelkader-al-Jilani, maître soufi né en Iran, enterré à Bagdad. Imprégné du soufisme et de réflexions ésotériques l’émir ne renonce jamais à ce qui constitue le cœur de sa religion “l’Amour de Dieu et/est l’Amour du prochain”. Il est aussi un cavalier hors-pair rompu à la chasse. Son enfance est heureuse ; rythmée par les fêtes religieuses, l’étude assidue et l’exercice physique. Après avoir obtenu le statut de Hafez à Oran il s’en va pour un premier voyage mystique vers la fin 1826. Il accomplit le Hajj transitant par l’Egypte puis par Damas et Bagdad. Les quelques mois passés à Damas sont pour le jeune maghrébin zélé l’occasion d’apprendre aux côtés du cheikh Khalid al-Naqshbandi – son père se réjouit de cette initiation auprès d’une autre “voie compliquée”. Pourtant, les découvertes multiples s’effacent devant la grandeur – sans cesse renouvelée à chaque lecture – d’Ibn Arabi, le plus grand des savants, andalou musulman du XIIIème siècle auquel il dédiera un large pan de ses réflexions métaphysiques. Il est alors temps pour la troupe d’Algériens de se rendre à Bagdad afin de se recueillir sur la tombe de leur ancêtre. Abdelkader al-Jilani y est mort en 1127 après une vie d’études et de prières. C’est en homme qu’il revient sur sa terre natale, secouée par le bruissement des appétits des puissances européennes et l’affaiblissement de l’Empire Ottoman. En 1829, son mariage avec sa cousine Khayra réjouit la communauté. 6 mois plus tard, la France envahit l’Algérie. La guerre sainte est déclarée.

“Tout autorisation de se défendre est donnée aux victimes d’une agression, qui ont été injustement opprimées, et Dieu a tout pouvoir pour les secourir”   Coran, 22, 39

À 23 ans, Abdelkader devient l’émir. Le 21 novembre 1832, avec l’appui de son père et des notables locaux, il est investi lors de la cérémonie de moubayaa d’une mission de chef politique pour assurer la résistance. Un chef de guerre qui résista 17 ans, d’où la célèbre expression selon laquelle Abdelkader est le “meilleur ennemi de la France”. Intrépide, stratège, charismatique, savant … en dépit de la violence de l’attaque et des dissensions tribales l’émir s’adonne à une guerre juste comme l’autre algérien Saint-Augustin l’avait théorisé avant lui. Jamais sa volonté de ramener la paix ne fut obscurcie par un quelconque sentiment de vengeance. Malgré les traités Desmichels (1834) et de la Tafna (1837) la paix est bafouée unilatéralement par l’armée coloniale française. Le jihad (racine ج ه د, contribuer, faire son possible) n’est conçu que comme moyen de légitime défense. Dans son Kitab al-Mawaqif, Halte 71 “Du combat contre l’âme” Abdelkader développe sa compréhension du verset coranique “Et combattez pour la cause de Dieu ceux qui vous combattent” : “Je sus que l’ordre était donné de lutter contre son âme (nafs) et de la combattre d’une manière et selon des règles précises et déterminées. Tout d’abord ce combat ne saurait être que pour la cause de Dieu (…) Le plus grand combat contre l’âme réside dans la conformité à la Tradition, les paroles et les dispositions.” Commence par toi-même puis par ceux qui sont à ta charge ! Le message est enraciné dans une tradition millénaire loin des extrapolations contemporaines.

Sa magnanimité, révélée aux yeux de la France, entre paradoxalement dans la légende, durant une période de violence extrême.

Le précurseur de l’Etat Algérien et du droit international humanitaire

“Je n’étais pas né pour être un guerrier. Il me semble que je n’aurais jamais dû l’avoir été, ne fût-ce qu’un seul jour. Et pourtant, j’ai porté les armes toute ma vie. Que les desseins de la Providence sont mystérieux ! Ce ne fut que par un concours de circonstances que je me trouvais soudain jeté hors de la vocation à laquelle tout me destinait, ma naissance, mon éducation, mes préférences” Correspondances avec l’ancien évêque d’Alger.

La guerre contre l’occupant ne fera jamais primer la victoire sur la protection de l’Humain, notamment des prisonniers. Arraché à la vie contemplative par la nécessité de protéger la terre de ses ancêtres, l’émir mène une guerre d’une étonnante modernité. Dessinant les contours du futur Etat algérien, il appelle à l’union des tribus : “Sinon, ils vous réduiront au joug et à l’humiliation. Remerciez-moi d’être leur ennemi mortel. Tribus, debout ! Secouez votre apathie. Croyez-moi, je n’ai à cœur qu’un seul désir : le bonheur, le bien-être, la prospérité des musulmans. Tout ce que j’exige de vous aujourd’hui, c’est la discipline, la concorde et la stricte observance de votre loi sacrée afin que nous puissions triompher de l’infidèle”.

Avec éloquence, il mobilise les siens au nom des principes islamiques : “Ils n’ont quitté leur propre pays que dans le seul but de conquérir et de réduire le nôtre en esclavage. Mais je suis l’épine que Dieu leur a plantée dans les yeux et si vous voulez m’aider, je les rejetterai à la mer” (archives de la bibliothèque d’Alger). Les mots sont durs mais nécessaires à la mobilisation générale jusque dans les hauteurs de Kabylie. Cette ardeur rhétorique cache un respect poussé et précurseur des droits fondamentaux. Lors de son intervention du 28 mai 2013 au colloque international sur l’Emir et le droit international humanitaire, Peter Maurer, Président du Comité international de la Croix-Rouge, reconnaît de bon cœur ce rôle de précurseur : “La codification du droit international humanitaire moderne – également appelé « droit de la guerre » ou « droit des conflits armés » – remonte à la première convention de Genève en 1864. Bien des années auparavant, l’Émir Abdelkader avait déjà établi un droit pour les personnes privées de liberté. En pleine lutte contre la conquête coloniale française, l’Émir a exigé qu’un traitement humain soit réservé aux prisonniers. Toute transgression était sévèrement punie.” La dignité humaine est sa croyance profonde. Honorer l’homme c’est honorer une manifestation de Dieu et donc le manifester ici-bas

Mustapha Chérif, universitaire et ancien ministre Algérien, détaille lors de ce même colloque les aspects de cette guerre à visage humain. “ La politique humanitaire de l’Émir Abdelkader et sa culture de la paix s’expriment en 1837 par un texte édifiant sur la détention des prisonniers et leurs droits. Il promulgua en 1843 un décret national sur les méthodes de l’art de la guerre au sens humanitaire. Un article précise que sera récompensé celui qui amène aux autorités un prisonnier sain, sauf et bien traité. Tout soldat adverse hors d’état de combattre, qu’il soit prisonnier ou blessé, était épargné, soigné et protégé, sans discrimination”.

Sa lettre adressée à l’Archevêque d’Alger, où il recommande la mission d’aumônier, est tout autant révélatrice d’un esprit de tolérance qui – en pleine guerre – reconnaît le droit révolutionnaire à la différence : “Envoyez un prêtre dans mon camp. Il ne manquera de rien. Je veillerai à ce qu’il soit honoré et respecté, comme il convient à celui qui est revêtu de la noble dignité d’homme de Dieu et de représentant de son évêque. Il priera chaque jour avec les prisonniers, il les réconfortera, il correspondra avec leurs familles (…) pour adoucir les rigueurs de leur captivité.” 

Ni oppressés ni oppresseurs, comme le rappelle le texte sacré “Dieu n’aime pas les agresseurs” (2,190). Depuis sa prise de responsabilité l’émir n’avait qu’un seul but en sus de la résistance : “Mon devoir comme chef et comme musulman, était de relever, la religion et la science”. Son idée était de créer un Etat musulman, soudé face à l’ennemi commun, en liant les tribus entre-elles et vivifiant les cœurs (et les tripes) par la tradition prophétique. Dans chaque ville, chaque tribu, des écoles étaient instaurées par l’émir. Dénégation du népotisme, sélection de ses lieutenants et préfets sur le mérite, et respect des autochtones : “Si mon propre frère fautait, même pour sauver sa vie, je le punirais”.  Pour éviter toute exaction envers les administrés, les envoyés juraient sur le livre d’Al-Boukhari et engageaient leur responsabilité. Très inspiré par sa halte dans l’Egypte du réformateur Mohamed Pacha lors de son pèlerinage un système de collecte d’impôt est mis en place, des tribunaux sont installés veillant à l’application des principes sacrés et du respect de la solidarité contre l’envahisseur. “Comme l’instruction, j’avais partout organisé la justice : les juges étaient rémunérés à raison de 10 douros par mois et de plus ils recevaient une rémunération pour certains actes”. L’économie de guerre n’est évidemment pas épargnée. A Miliana et Tlemcen, un premier haut-fourneau et une armurerie sont construits. Une machine à frapper la monnaie – acte de souveraineté par excellence – a été retrouvée. Outre sa régulière correspondance avec l’armée française, Abdelkader sollicitait l’aide des puissances étrangères par l’intervalle des juifs maghrébins à l’instar des Judas Ben Duran, Mardochée Amar, les frères Manucci et autres, par lesquels il se procurait les livres précieux depuis son adolescence et sans lesquels l’import d’armes aurait été impossible.

Abdelkader s’impose comme un chef moderne méticuleusement organisé. Malheureusement pour lui, la France est d’une infinie supériorité. Avec l’arrivée – en février 1841 – du Général Bugeaud à la tête de 100 000 hommes appliquant une politique massive de “terre brûlée” la progression des troupes françaises est inarrêtable. Les prisonniers s’amassent, les tribus font défection, la nourriture manque. Le 16 mai 1843, le Duc d’Aumale, fils du Roi Louis-Philippe, s’empare en l’absence de l’émir de son pilier stratégique : sa capitale mobile, la smala. A elle seule, symbolisant la volonté de renouer avec le nomadisme et d’échapper plus facilement à l’ennemi. Un ordre implacable y règne. Chacun est à sa place et la connaît dans un enchevêtrement de cercles emboîtés selon un ordre cosmogonique. Cette nuit-là, cette capitale de 60 000 âmes disparaît. “Si je me trouvais là, nous aurions combattu pour nos femmes, nos enfants (…). Mais Dieu ne l’a pas voulu, je n’ai appris ce malheur que trois jours -après ; il était trop tard.”.  Sa bibliothèque chérie de plusieurs milliers de livres est intégralement brûlée.  Bugeaud fut sans pitié, brûlant, pillant, tuant les populations civiles. En bon professionnel, il ne rechigne pas à reconnaître la grandeur de son adversaire : “C’est une espèce de prophète, il est pâle et ressemble assez au portrait qu’on a donné au Christ … On peut dire à l’honneur d’Abdelkader que jamais grande insurrection n’avait été mieux préparée et mieux exécutée”.

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(Bataille de Sidi Brahim, du 23 au 26 septembre 1845, 3 jours et 3 nuits.)

Condamné aux va-et-vient entre le territoire du sultan du Maroc et aux opérations dans l’Ouest Algérien l’émir n’est plus qu’un fantôme insaisissable. Il attaque puis disparaît. La victoire est impensable mais la résistance est une question d’honneur. Le sultan du Maroc cède rapidement aux pressions françaises suite aux bombardements d’août 1844 et la défaite de la cavalerie marocaine à Oujda. Encerclé, Abdelkader se rend finalement à la volonté de Dieu. Pour interrompre la misère de son peuple, il dépose les armes à Sidi-Brahim -où il avait triomphalement tenu tête trois ans plus tôt- le 23 décembre 1848. Le 25, la mer l’éloigne loin de son Oranie natale, croyant vogué vers Alexandrie. La promesse faite “au nom du fils du Roi” ne sera pas respectée. Le héros de la résistance se mue en prisonnier avec 88 de ses proches. A Toulon, le voyage s’arrête.

L’exil français – l’Isthme embryonnaire

“Si vous deviez m’apporter de la part de votre roi, toute la fortune de la France en millions et en diamants et s’il était possible de la mettre toute entière dans le pan de ce burnous, je la jetterais à l’instant dans la mer qui bat contre les murs de ma prison plutôt que vous rendre la parole qu’on m’a solennellement donnée. Cette parole, je la porterai en moi jusqu’à ma tombe. Je suis votre hôte. Faites de moi votre prisonnier si vous voulez mais la honte et l’ignominie en pèseront sur vous et non sur moi.”

Le 28 avril 1848, lorsque que lui et ses compagnons sont conduits au Fort de Lamalgue, l’émir outré du parjure s’adresse en ces termes au Général Daumas venu lui offrir un château et des privilèges à condition qu’il renonce à rentrer en terre d’Islam comme prévu initialement. Très vite, la troupe est transférée grâce à l’aide d’Alphonse de Lamartine, nouveau ministre des Affaires étrangères. Malgré son image de mahométan sanguinaire, il n’a fallu que six mois à l’émir pour laisser une trace indélébile dans les esprits : ascèse, méditation, prières, éducation des enfants, rencontres avec tous ceux qui en font la demande, quelques amitiés sont mêmes nouées, avec le curé et d’autres notables. Sous la demande du Général Daumas – devenu son ami – le prisonnier écrit même un traité de la femme en Islam. Le 3 novembre de la même année, ses derniers mots sont pour les habitants : « Je vous le dis à vous et je voudrais pouvoir le dire à tous les Béarnais : jamais je n’oublierai la cordialité de leur accueil et, partout où je serai transporté, mes vœux et mes prières seront toujours pour eux ». La dureté de l’exil ne se fera réellement sentir qu’à partir du 8 novembre 1848. Transféré au Château d’Amboise, la légende de l’émir “ami des Français” peut alors commencer. L’exil en France marque une rupture sans précédent dans la vie d’Abdelkader. A sa tristesse s’ajoute l’abandon de la résistance. Ce sera le début de son émigration intérieure – Kitman. A son arrivée à Toulon, l’émir écrit deux textes au général Daumas où il demande l’accomplissement de la promesse énoncée mais bien plus encore: “Lorsque je fus vaincu – quand il me fut impossible de douter plus longtemps que Dieu, pour des raisons impénétrables, avait décidé de me retirer son appui – je pris la décision de me retirer du monde (…) Certains d’entre vous peuvent s’imaginer que, regrettant la solution que j’ai prise, je nourris encore l’intention de retourner en Algérie. Cela ne sera jamais. Je peux maintenant être compté parmi les morts. Mon seul désir est d’être autorisé d’aller à la Mecque et à Médine, pour y prier et adorer le Dieu Tout-puissant.”

A Amboise, il prie, jeûne et réfléchit sur son triste sort. Seule la lecture des textes sacrés, l’écriture de poésies et la présence de ses proches lui procurent courage et patience. Sa hauteur de vue le place rapidement au centre des intérêts. Ses correspondances avec des hommes d’Eglise respirent le dialogue. C’est à cette époque que l’on date son Miqrad al-hadd, une réfutation des critiques faites à l’Islam, et sa célèbre lettre aux Français, originalement intitulée Rappel à l’intelligent, avis à l’indifférent. En dépit de tout cela, l’absence de liberté lui pèse. Napoléon III le délivre le 16 octobre 1852 ; l’émir lui dédie un poème : “D’autres ont pu me terrasser, d’autres ont pu m’enchaîner mais Louis-Napoléon est le seul qui m’ait conquis”. Le bédouin fait un triomphe sur Paris. Le 28 octobre 1852, l’Illustration écrit “Abdelkader est devenu le lion de nos réjouissances publiques”. Ce même jour, aux côtés de Napoléon dans la loge impériale, il assiste à l’opéra Moïse de Rossini. Abdelkader va jusqu’à remettre entre les mains du maître de la France une lettre synthétisant sa conduite à l’égard de son pays d’accueil et de l’Algérie jusqu’à sa mort : “Je viens donc vous jurer, par le pacte et les promesses de Dieu et par les promesses de tous les prophètes et de tous les envoyés de Dieu, que je ne ferai jamais rien de contraire à la confiance que vous avez mise en moi que je tiendrai religieusement mon serment de ne jamais retourner en Algérie. (…) Je suis un descendant du prophète et personne ne pourra jamais m’accuser de fourberie. Comment, en vérité, cela serait-il possible après avoir reçu de tels bienfaits de votre propre main ? ”.  

L’amitié entre l’émir et Napoléon III ne se résume pas qu’à de simples motivations politiques. Certes, Louis-Napoléon voyait en Abdelkader le candidat parfait pour le placer à la tête de son grand Royaume Arabe rêvé mais le refus qu’il essuya ne lui a jamais fait rompre l’aide matérielle qu’il apporte à Abdelkader et toute l’affection qu’il lui porte. Lors de son voyage triomphal à travers la France, l’émir observe la beauté des paysages et les avancées de la technique. Grandi par son expérience dans le Royaume qui lui a pourtant volé sa terre, l’émir vogue en terre d’Islam, la première, celle d’Orient.  La France n’oubliera jamais son passage. Le carré musulman d’Amboise immortalise l’endurance dans l’épreuve d’Abdelkader mais aussi son message universel de tolérance.

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(Cimetière musulman à Amboise, France. Stèles d’Alep)

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