Macron en Algérie : “Je suis venu en ami, et non en otage du passé”

(photo: le président français Emmanuel Macron lors de sa visite en Algérie le 06/12/2017)

 

Par Yanis A.

Le Président de la République française, Emmanuel Macron, a effectué une visite de “travail et d’amitié” ce mercredi 6 décembre 2017 en Algérie. Il était bien évidemment impératif pour Emmanuel Macron de se rendre en Algérie, qui porte le titre de partenaire d’exception de par l’histoire commune que partagent les deux pays méditerranéens. Cependant, ce ne fut pas une visite d’Etat, qui en l’occurrence est prévue pour l’année 2018, mais une visite axée principalement sur les questions économiques, qui fut également l’occasion pour Emmanuel Macron de répondre aux questions des Algériens, qui attendaient avec impatience de pouvoir le questionner sur les sujets traditionnellement évoqués aux présidents français, notamment au sujet des binationaux, des visas, et particulièrement à propos de la question mémorielle qui pèse toujours sur les relations qu’entretiennent les deux pays.  

La conférence de presse s’est articulée autour de plusieurs points phare :

  • Le renforcement des relations économiques
  • La question de la mémoire : la décision française de restituer les crânes des résistants algériens, et une demande d’effort auprès de l’Etat algérien pour “ceux qui sont nés en Algérie”
  • Le transfert de l’ambassade américaine à El Qods : “une décision regrettable, en contradiction avec le droit international”.
  • La prévision d’une visite d’Etat en 2018 : il a d’ailleurs dû se justifier de son déplacement au Maroc face aux questions des journalistes, en réitérant que c’était “un dîner amical et personnel”
  • Le dossier libyen
  • Le renforcement de la coopération sécuritaire dans la bande sahélo-saharienne

Un renforcement des relations économiques : “Je suis venu pour trouver un partenariat fort entre les deux Etats (…) L’Algérie doit s’ouvrir d’avantage. Il y a encore beaucoup de freins à l’investissement “

A son habitude, Emmanuel Macron a vanté les mérites du partenariat économique, qu’il souhaite pragmatique, diversifié et tourné vers l’avenir. En abordant les questions économiques, il s’est exprimé à travers un réel plaidoyer pour une modernisation de l’économie algérienne et une révision du 51/49, règle qui fixe la part maximale de participation d’un investisseur étranger dans une société de droit algérien à 49%. En effet, si les procédures nécessitent un assouplissement, cette règle apparaît également comme un véritable frein aux investissements étrangers en Algérie, et notamment aux investissements français. Plusieurs sujets bilatéraux ont été évoqués, ainsi que des sujets que des sujets qui seront discutés lors de la 4eme session du Comité intergouvernemental de haut niveau algéro-français (CIHN) qui aura lieu le vendredi 8 décembre 2017 à Paris.

Macron a affirmé son “souhait de développer des projets en Algérie”, notamment de participer à l’établissement d’une école numérique afin de permettre à la jeunesse d’acquérir une formation dans le domaine. Il a en outre fait référence à la création d’un “fond conjoint d’investissement franco-algérien pour accompagner les PME dans la diversification de l’économie de l’Algérie”. Effectivement, l’Algérie se trouve dans l’obligation de diversifier son économie pour faire face à cette crise financière due à la chute des cours du pétrole. La France a tout intérêt à ne pas négliger le marché algérien et à multiplier les accords économiques, d’autant plus qu’elle a récemment perdu son statut de premier fournisseur de l’Algérie, désormais surpassée par la Chine.

Par ailleurs, l’entreprise PSA Peugeot a annoncé le mois dernier qu’elle allait installer sa première unité de production d’ici 2018.

“Ni déni, ni repentance”, un regard vers un avenir en Algérie

La repentance n’était pas au goût du jour. Le Président français a été très claire sur le sujet : «Il n’y a pas de repentance chez moi. Il y a un espace, celui de la reconnaissance mutuelle qui n’est ni le déni ni la repentance ». E. Macron  a bien fait comprendre que le fait de rester dans la repentance permanente était un “piège”, et que la jeunesse algérienne doit pouvoir se construire “avec le goût de l’avenir” sans pour autant regarder un passé qu’elle n’a connu que de loin.

En évoquant cette jeunesse, il a de plus expliqué que le visa pour la France n’était pas un projet de vie, et que cette jeunesse algérienne doit avoir en tête cette volonté de regagner son pays en disant : “Je veux faire de l’Algérie de demain un très grand pays qui rayonne sur la Méditerranée”. “La France peut être une étape, mais pas un objectif” a t-il affirmé.

Renforcement de la coopération sécuritaire en Afrique

L’Algérie est un acteur clé dans la lutte contre le terrorisme dans la région, étant donné qu’elle est l’une des premières concernées de par ses frontières avec les pays du Sahel.  Les groupuscules terroristes et les contrebandiers sont amenés à transiter par le territoire algérien ce qui constitue une menace pour l’Algérie, mais aussi pour ses pays voisins, notamment le Mali, le Niger et le Tchad qui sont les premiers touchés par ces phénomènes.

Le Président E. Macron s’est exprimé à ce sujet et a affirmé que “l’Algérie et la France sont convenues de renforcer leur coopération en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme, notamment dans la bande sahélo-saharienne où nous travaillons ensemble”. Il a également ajouté qu’il attendait une coopération totale de tous ceux qui partagent l’objectif de paix durable au Mali, qu’il attendait beaucoup de la part de l’Algérie dans cette lutte.

Concernant la question libyenne, il a réitéré sa volonté de stabilité “dans un cadre politique construit par les libyens eux-mêmes”. A l’instar de l’Algérie, il a rejeté l’idée d’une intervention militaire qui selon lui n’est pas une solution viable lorsqu’elle ne s’inscrit pas dans une stratégie politique.

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