Maghreb : Vers le lancement de la Banque d’investissement

Par Mohamed G.

          Au mois de décembre, la Banque maghrébine d’investissement et de commerce extérieur (BMIC) sera officiellement lancée d’après Kouider Lahoual, expert à la direction des affaires économiques de l’UMA (Union du Maghreb Arabe). S’il y a maintenant un an, Sowt Al Arab lançait un appel à l’intégration économique du Maghreb, aujourd’hui, il semble tout juste commencer à prendre forme.

Reposant sur des accords signés en 1991 par l’Algérie, la Libye, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie, le statut de la BMIC avait été approuvé en 2006 puis signé de manière définitive en 2013 lors d’une rencontre entre représentants maghrébins à Nouakchott (Mauritanie). Constamment repoussée ces dernières années, la concrétisation du projet devrait finalement avoir lieu le mois prochain, soit près de 24 ans après sa signature !

Un espoir d’unité régionale…

Cette étape cruciale du processus d’intégration économique du Maghreb trouve  la source de son retard tant dans les différentes crises traversées par la région que dans l’inertie – voire les  réticences – des administrations publiques. Pourtant le projet, doté d’un capital initial de 500 millions de dollars, possède incontestablement plus d’atouts que de désavantages pour les 5 pays signataires. Cette première institution bancaire régionale dont le siège sera à Tunis aura pour rôle principal de financer l’élaboration de projets communs aux pays de l’UMA tels que celui d’un TGV trans-Maghreb ou encore la finalisation de l’autoroute maghrébine. En d’autres termes, il s’agirait d’une nouvelle source de capitaux pour les états membres tout comme pour les entrepreneurs visant à s’étendre sur le marché régional.

La BMIC nous permettrait alors d’assister à un accroissement des échanges commerciaux et jouera de ce fait un rôle opportun dans le contexte de chômage massif que rencontre la région. Une telle organisation ne pourra qu’aboutir au rehaussement du commerce intra-zone maghrébin qui figure parmi les plus bas du monde avec un taux de 3% (source : Banque Mondiale).

En réalité, la création de la BMIC s’inscrit dans un mécanisme bien plus large : celui de l’uniformisation des politiques économiques des états, maghrébins dans un premier temps, arabes dans un second temps. A ce titre, l’objectif recherché demeure – en plus des bénéfices directs cités plus haut – l’établissement d’une économie maghrébine plus compétitive à échelle internationale et l’unification d’un marché comprenant plus de 90 millions de consommateurs culturellement et anthropologiquement liés. Une fois de bonnes bases établies seulement, les regards d’avenir pourraient se porter sur l’idée d’adoption d’une monnaie commune ou d’autres composantes d’une intégration régionale plus approfondie.

Le secrétaire général de l’Union du Maghreb Arabe, Habib Benyahia, déclarait à juste titre que « [le Maghreb] possède  tout ce qu’il faut pour être la région la plus intégrée du monde: pétrole, gaz, agriculture, ressources humaines, sans oublier l’identité culturelle commune » pourtant cette union peine à voir le jour et ce pour des raisons qui ne changent pas.

… Sur fond de tensions incessantes

Cette prise de conscience soudaine, ou plutôt la décision des autorités de sortir de leur passivité nonchalante, reste tout de même confrontée à des obstacles de fond.

Premièrement, les Etats du Maghreb demeurent toujours fragiles et l’avenir reste incertain. En effet, face à une Libye encore à feu et à sang, une Algérie en pleine crise politique ou encore une Tunisie sortant avec difficulté de sa période de transition, il est difficile de s’assurer d’une continuité aux efforts déployés pour jeter les bases d’une intégration régionale solide. En parallèle de cette faiblesse des pouvoirs publics, on trouve également une profonde instabilité régionale sur les questions sécuritaires. Plus que jamais, la menace terroriste – d’AQMI, mais également de Daech qui tente de faire son nid au Maghreb – plane sur les pays de l’UMA autant que sur le reste du monde. On se souviendra du triste épisode du musée Bardo survenu en mars dernier, qui marquera les esprits de par sa violence autant que ses répercussions économiques sur la Tunisie. Dépourvue d’efforts de lutte commune contre le terrorisme, l’union économique du Maghreb apparaîtrait comme un mirage. La situation actuelle des choses nécessite une coopération accrue dans le domaine militaire et des renseignements, sous peine d’un effondrement de tout avancement vers le bien-être économique et social tant mérité.

Deuxièmement, la rivalité opposant Alger et Rabat depuis au moins quatre décennies reste ancrée dans les relations diplomatiques maghrébines et ne semble pas vouée à s’éteindre de sitôt. L’Algérie et le Maroc, déchirés sur la question du Sahara occidental, freinent de manière conséquente le processus d’unification économique du Maghreb. Les frontières entre les deux états, fermées depuis 1994, demeurent terres risquées, si risquées que Russia Today les classe au 7ème rang des frontières les plus dangereuses du monde. L’Algérie continue de camper sur les positions qu’elle a adoptées dès 1976 : à ses yeux, les Sahraouis forment un peuple et les revendications indépendantistes du front Polisario sont légitimes. « Œil pour œil, dent pour dent », la loi du Talion est de mise entre les deux pays frère. A l’image de son voisin algérien, la diplomatie marocaine a récemment plaidé pour l’ « auto-détermination du peuple kabyle » lors d’un sommet de l’ONU. Ainsi, des deux côtés, les autorités étatiques se bornent à vouloir cultiver des nationalismes montés de toute pièce pour déstabiliser l’autre. Ces prises de positions risquant rapidement de devenir fatales pour la stabilité, l’unité et le bien-être régional, il serait peut-être temps de faire machine arrière en ravalant ses fiertés politiques respectives. Cela afin d’avancer dans la construction d’un avenir meilleur qui, qu’on l’accepte ou non, sera commun ou ne sera pas.

Un choix entre l’unité ou la médiocrité est à faire avant que le recouvrement du retard maghrébin, et plus largement arabe, ne se transforme en une peine perdue.

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