Le monument Oum Kalthoum ou l’idole musicale arabe

Par Wided Barnat

Chanteuse emblématique de son époque, Oum Kaltoum fait indéniablement partie du patrimoine historique arabe. Diva égyptienne à l’aura inégalée, elle demeure encore aujourd’hui, plus de quarante ans après sa mort, celle que l’on surnomme la « voix des Arabes ». Sa voix ne se décrit pas mais se laisse écouter, elle ne berce pas mais envoûte, méllifluente à souhait elle ravie l’oreille de ses auditeurs. Du Maghreb au Moyen-Orient, une seule voix revête l’arabité : la sienne.

Une technique de chant empruntée à la psalmodie du Coran qu’elle pratiquait étant jeune et la passion qu’elle transmettait par ses textes ont rendu son répertoire tout bonnement inégalable. Simple bédouine à l’origine née en 1898 dans la campagne reculée de Tmaïe El Zahayira, elle s’est imposée dans la société par la puissance de sa voix telle une self-made woman d’Outre-Atlantique. L’astre de l’Orient rayonna tant auprès du peuple qui l’adulait tant auprès des aristocrates qui la promouvaient. Pendant plus de quarante ans, elle disposait chaque premier jeudi de chaque mois d’un rendez-vous avec son public sur la radio nationale égyptienne où ses chansons duraient parfois plus d’une heure. Ayant commencé à chanter dans les années 1920, régnait alors au Caire une effervescence artistique exaltante où elle a su imposer le style « Oum Kalthoum », un style strict, pudique, qui lui permit ainsi de se démarquer de toutes les autres chanteuses. Une pudeur visible de par son style vestimentaire où elle arborait chignon haut et lunettes noires mais surtout lyrique où le vocabulaire choisi est d’une grande finesse.

Oum Kalthoum s’est vu composer son répertoire par les meilleurs musiciens-poètes arabes de l’époque tel qu’Ahmed Chawki ou encore Mohamed Abdelwahab, chansons-poèmes qui parlaient principalement de trois sujets : le nationalisme, le religieux et enfin l’Amour. Comme le disait si bien feu Omar Chérif, « elle nourrissait l’envie d’aimer ». Il suffit de regarder une vidéo de ces concerts pour saisir le phénomène Oum Kalthoum ; sa posture, sa façon de répéter la même phrase une dizaine de fois rendait les gens fous, elle les impatientait et les laissait pantelants, des performances hypnotisantes qui faisaient plonger les auditeurs dans un véritable état de transe. Le public s’abandonnait aux variations de sa musique. Toute cette ambiance mêlée à une ode à l’amour enivrante avait quelque chose d’éminemment érotique. On écoutait une femme, les hommes en étaient d’ailleurs fous d’amour. L’on a même entendu dire qu’en 1968, lors d’un concert qu’elle donnait à Tunis, des admirateurs allaient jusqu’à vendre leur mobilier pour avoir la chance d’assister à sa représentation. Elle chantait d’un arabe littéraire très soutenu qui a encouragé de nombreux analphabètes à apprendre la langue arabe afin de comprendre ses chansons. Oum Kalthoum s’est essayé en tant qu’actrice dans quelques films tels que Weddad mais le public l’a tout de même préféré au micro.

Ce monument Oum Kalthoum a fortement cru au panarabisme et était du reste très complice avec le président égyptien de l’époque, Gamal Abdel Nasser. Seuls deux de ses concerts ont eu lieu hors monde arabe, à l’Olympia de Paris où De Gaulle, président français de l’époque, la gratifia d’un « avec votre voix vous avez touché mon cœur ». Atteinte d’une néphrite aiguë, maladie rénale, elle meurt en 1975. Quelques années après son décès, on découvrit alors l’exceptionnelle puissance de sa voix : elle émettait près de 14 000 vibrations par seconde. Les paroles si délicates de cette artiste emblématique et l’instrumental si raffiné qui accompagnait ses chansons nous font vibrer aujourd’hui encore. Oum Kalthoum rayonne toujours dans nos cœurs, du Maroc à l’Irak, et quelle belle sensation que l’état où elle nous met.

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