Qu’en est-il des principaux groupes « islamistes » de l’opposition en Syrie ?

Par Yanis Atigui

La mort du chef militaire du Front Islamique Zahran Allouche — qui était à la tête du Jaish Al-Islam — le 25 Décembre 2015 paraît comme une victoire pour les forces du gouvernement syrien et pour l’armée russe.   Cependant d’après BBC, Jaysh Al-Islam n’a pas perdu de temps pour nommer son nouveau dirigeant, Issam Al Buwaydani. Sowt Al Arab va tenter ici de mettre en lumière la situation actuelle entre les différents groupes défendant la shari’a tout en s’opposant à l’Etat islamique et au régime syrien.

Qu’en est-il donc vraiment de la situation ? Front Islamique, Ansar Al Sharia, Daech, pourquoi autant de divisions ? Quels sont réellement leurs projets et qui est-ce qui les alimentent ?

Quelles sont les deux forces « islamistes » les plus influentes faisant face à l’EI ?

Tout d’abord, il existe plus d’une centaine de milices qui se rejoignent au sein de coalitions, et cela peut parfois mener à des confusions, alors que les différencier est primordial pour pouvoir comprendre les enjeux géopolitiques de la situation syrienne. Il faut tout d’abord savoir que tous ces groupes armées représentent souvent une ville, un village, un quartier

Le Front Islamique : Le Front Islamique regroupe plusieurs milices rebelles qui avant 2013 combattaient le régime sans aucune coordination. L’union d’Ahrar As-Sham, Liwa At-Tawhid, Jaysh Al-Islam, Soqour As-Sham, Ansar-As-Sham, Liwa Al-Haq et le Front Islamique Kurde compterait entre 50 000 et 80 000 combattants. C’est donc ce groupe qui est soutenu financièrement par certains pays du golfe et par la Turquie. Idéologiquement, le Front Islamique souhaite mettre en place un Etat Islamique dirigé par la Sharia appuyée par un conseil en Syrie. Son combat s’incrit dans un vision nationale du conflit, en se limitant à la Syrie contrairement aux organisations internationalistes telles que Al Qaida ou encore l’Etat Islamique ( Daech: Dawlat Al Islamiya fil Iraqi wa As-Sham).

Ansar As-Sharia : Coalition plus récente ( Juillet 2015), elle regroupe de nombreuses petites milices avec à leur tête le Front Ansar Dine et Al Nosra . Le Front Al Ansar fut autrefois proche de l’Etat Islamique jusque Mai 2015, date à laquelle ils se séparent du groupe EI pour par la suite rejoindre le Front Al Nosra dans une coalition. En ce qui concerne le Front Al Nosra, il fait parti intégrante d’Al Qaida, organisation envers laquelle le dirigeant Abou Mohamed Al Joulaini a reitéré son allégeance de nombreuses foix. Ansar As-Sharia compte une dizaine de milliers de combattants. L’idéologie en soi proné par cette coalition est très similaire au Front Islamique, bien qu’ils aient déjà élu leur chef Az-Zawahiri sans qu’il soit forcément reconnu par le Front.

Ces deux coalitions sont en lien et se soutiennent pour faire face au régime et à l’EI. Il se rejoignent sur le fait que l’EI doit retrouver la raison et arrêter d’inciter la guerre entre musulmans en Syrie. En ce qui concerne les financements venus des pays du Golfe, l’EI s’y oppose et considère apostats les groupes qui reçoivent des subventions.

La question du financement par des puissances étrangères

Quand on parle de financements des pays étrangers à l’opposition syrienne, l’opinion publique a tendance à qualifier cela «  financement du terrorisme » : Oui et non. Les fonds versés par les puissances étrangères sont pour la majorité destinés à l’Armée Syrienne Libre et aux forces armées kurdes. qui tente en vain de combattre le régime pour instaurer une « démocratie ». Les financements proviennent majoritairement des Etats-Unis, de la France, la Grande-Bretagne, de certains pays de la ligue arabe[1] et la Turquie avec plusieurs centaines de millions[2] de dollars et du matériel médical et des équipements communications.

Les échanges entre les groupes de l’opposition obligent ces différentes milices à s’entraider pour combattre le régime et l’EI. Le but premier des groupes de l’opposition est de combattre le pouvoir en place et non de combattre sur un sol étranger comme l’EI.Ce fut d’ailleurs le cas en Septembre 2015, quand les Etats-Unis ont décidé d’envoyer des munitions et de l’équipement aux rebelles qu’ils ont par la suite partagé avec les combattants d’Al Nosra[3].

En ce qui concerne les pays du Golfe, aucune preuve concrète et sérieuse n’a démontré que des pays tels que l’Arabie Saoudite ou le Qatar financent directement l’EI, mais bien sur des liens perdurent entre les rebelles syriens (Al Nosra et l’ASL) et les deux chefs de file du golfe.

La situation actuelle entre les différents groupes

La division entre l’EI et Al Nosra — et sa coalition — profite au régime syrien qui reprend progressivement du terrain grâce à l’intervention des forces de l’armée russe qui affaiblissent quotidiennement l’EI mais aussi les rebelles.

Le 16 Novembre 2015 c’est la victoire des Forces Démocratiques Syriennes (YPG, YPJ, Armée Al Salandid, et ASL) face à l’état Islamique à Al Hol dans le nord est du pays.

Le 1er Décembre 2015, c’est la fin du siège de Homs : Le Front Al Nosra et l’Armée Syrienne Libre se voient dans l’obligation de se retirer face à l’armée arabe syrienne.

Le Samedi 26 Décembre 2015, le régime s’affirme en tenant un accord qui projette l’évacuation d’environ 4000 personnes — combattants et familles — de l’EI et du Front Al Nosra — vers Raqqa ou Marea— qui se partageaient Al Kadam, Yarmouk et Al Hajar Al Aswad dans la banlieue de Damas.

Une alliance entre les deux groupes rebelles que sont l’Etat islamique et le front Al Nosra paraît pour le moment inimaginable étant donné qu’Al Qaida a été très clair : Al Baghdadi ne détient aucune légitimité en tant que calife, et la paix n’aura pas lieu tant qu’il n’aura pas cesser d’affronter Al Nosra et ne s’en sera pas remis à Dieu.

La situation semble tourner en la faveur du régime syrien qui subit moins de défaites, mais dans ce conflit nous pouvons comprendre que d’une part les Etats-Unis veulent ralentir l’extension progressive de l’influence russe dans la région en soutenant les groupes rebelles, et d’autre part les pays du Golfe qui maintiennent leur position en faveur des rebelles pour contrer le désir d’expansion du croissant chiite avec à sa tête l’Iran.

[1]  http://www.albawaba.com/news/arab-league-syria-475662

[2] https://www.washingtonpost.com/world/middle_east/kerry-in-istanbul-joins-quest-for-common-ground-on-aid-to-syrian-rebels/2013/04/20/896b39e6-a9d0-11e2-b029-8fb7e977ef71_story.html

[3] http://www.20minutes.fr/monde/syrie/1695731-20150926-syrie-rebelles-formes-americains-remettent-munitions-al-qaida

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