Saddam Hussein : Du vendeur de cigarettes au maître de Bagdad

Par Yanis.A

Le 30 Décembre 2006, le président irakien Saddam Hussein Abd al Majid Al Tikriti est exécuté au Nord de Bagdad, dans une base militaire, après avoir été jugé par les autorités irakiennes pour crime contre l’humanité. Il est accusé d’être à l’origine de la répression de villageois chiites, et d’être l’instigateur du massacre d’Halabja. Saddam Hussein est l’un des personnages les plus controversés du XXe siècle mais qui était-il réellement ?

Son enfance

Saddam, né en avril 1937, fut élevé par sa mère et son beau-père. Ce dernier était un homme brutal, dur, et qui exploitait le jeune enfant durant sa jeunesse. Saddam passe les débuts de son enfance dans une maison délabrée, et travaille comme berger pour subvenir aux besoins de la famille. Son histoire semble souvent mythifiée, mais d’après de nombreux biographes, Saddam serait issu d’une famille profondément pauvre, et aurait décidé de quitter le domicile familial à douze ans, afin de retrouver son oncle Khairalllah à Bagdad. Saddam rêvait d’aller à l’école pour apprendre à lire et à écrire, et c’est pour cette raison que son oncle l’aurait aisément accueilli, en lui offrant des vêtements et la possibilité d’étudier.

Les années 1950

L’Irak est déchiré, la monarchie hachémite de Fayçal II risque de tomber à tout moment, et les mouvements politiques se préparent à un quelconque renversement.  Les mouvements nationalistes se créent et Saddam décida de militer auprès du parti Baas, un parti panarabe fondé par Michel Aflak et Salahdine Al Bitar en 1947 à Damas.

Le but principal des partis politiques irakiens des années 1950 était de faire chuter la monarchie hachémite soutenue par la couronne britannique. Ce fut donc les communistes, menés par le général Kassem, qui ont assassiné le roi Faycal II en 1958 et ont instauré la République d’Irak. Le parti Baas est interdit, et Saddam, simple militant, est poussé dans les premières violences politiques du moment. En octobre 1959, Saddam et ses camarades tentent d’assassiner le général Kassem : ce sera un échec.

Saddam sort blessé de cette tentative et selon le mythe il aurait traversé l’Irak, aidé par des bédouins, pour rejoindre la Syrie (faisant partie de la République Arabe Unie à cette époque).

L’exil politique et le retour

Saddam, après la Syrie, s’exile au Caire, où  il  étudie le droit. C’est dans cette même ville qu’il sera pour la première fois en contact avec les Etats-Unis. Bien que le gouvernement de Nasser surveille de très près les réfugiés politiques irakiens, l’ambassade américaine ne cachera pas le fait qu’elle reçoit certains réfugiés irakiens pour des discussions politiques.

Dans un climat de Guerre Froide, les Etats-Unis estiment que le régime communiste de Kassem en Irak doit immédiatement être renversé, et ce par n’importe quel moyen. Un des membres du parti Baas affirmera à ce sujet : « Nous, baassistes irakiens, nous sommes venus au pouvoir par un train américain ». C’est alors en  février 1963, une fois Kassem assassiné, que le général baasiste Abdel Salam Aref prend le pouvoir.

De retour en Irak, c’est un parti Baas déchiré que retrouve Saddam Hussein, et des complots se préparent déjà contre le tout nouveau régime d’Aref. Saddam est écarté du parti, et purgera des années de prison pour complot contre l’Etat irakien.

1968 : un nouveau tournant pour l’Irak

En 1968, c’est un coup d’Etat totalement pacifique qui a lieu, mené par une branche du parti Baas. Le nouveau président Ahmad Hassan Al Bakr, qui n’est d’autre que l’oncle de Saddam Hussein, accède au pouvoir. Bakr nomme son neveu vice président et le charge de la sécurité du pays. Le nouveau pouvoir est désormais partagé entre valeurs tribales et népotisme, et les Tikriti s’imposent comme les maîtres de l’Irak.

Les années 1970, à l’image des Trente Glorieuses en France, demeurent alors les meilleures années que connaissent l’Irak. Notamment grâce à la nationalisation de compagnies pétrolières, l’industrie, et plus largement l’économie se modernisent. De grandes avancées sociales sont également effectuées : l’école devient gratuite et ouverte à tous, de grandes réformes sont lancées dans le domaine de la santé et l’espérance de vie des irakiens se voit grandement augmentée. Dans un cadre plus politique, les tensions territoriales s’adoucissent en 1974 lorsque Saddam se rend dans les régions kurdes afin de proposer une autonomie à Moustapha Barzani, le leader kurde.

En 1979, Bakr quitte la présidence de l’Irak pour raison de santé et confie le pouvoir à son neveu et vice président, Saddam Hussein.

Changement majeur dans les années 1980

Si l’image d’une dictature sans partage et violente est diffusée à travers les médias, force est d’admettre que le gouvernement irakien à la veille, tout comme à la fin de la guerre Iran-Irak, est soutenu par une bonne partie de la population.  La paix règne à l’intérieur du pays : la question terroriste est contrôlée par le gouvernement et la libre pratique des religions n’est pas négligeable.

La guerre Iran-Irak, marque d’une part la fin d’une paix établi à Alger en 1975 entre Saddam Hussein et le Shah d’Iran, mais d’autre part, ce conflit marque le déchirement de toute une population, une population divisée entre musulmans sunnites et chiites. La majorité des irakiens chiites soutiennent l’Iran, et les kurdes ne savent pas réellement dans quel camp se placer.

Les chiites tenteront d’assassiner le président irakien à Doujail en 1982, et ils seront réprimés pour cette tentative. En ce qui concerne la question kurde, les événements de la fin des années 1980, notamment ceux qui se dérouleront à Halabja, aboutiront à la dégradation définitive des relations entre les kurdes irakiens et le gouvernement.

La guerre du Golfe

L’invasion du Koweït par Saddam Hussein est sans aucun doute une attaque à la souveraineté du Koweït, bien que celui-ci fut historiquement une province irakienne. Le but principal de cette expansion géographique était sans nulle doute économique. L’Irak croulant sous les dettes (essentiellement de la part des monarchies du Golfe) depuis la guerre contre l’Iran, Saddam ne trouva d’autre solution que d’étendre son territoire au sud, entre autres afin d’avoir accès au pétrole koweiti.

S’étant assuré de la neutralité des Etats-Unis, le gouvernement irakien pensait recevoir des appuis étrangers et mener à bien son projet. Néanmoins, cette guerre suscita de vives réactions de la communauté internationale. Les Etats-Unis, à la demande du Koweit, interviendront pour repousser les forces irakiennes et l’ONU imposa un embargo à l’Irak en guise de sanction. Durant les années qui suivent, le mécontentement s’amplifie progressivement au sein des communautés chiite et kurde, ainsi que parmi les classes sociales les plus touchées par l’embargo.

La chute du régime

En mars 2003, les Etats-Unis décident d’intervenir militairement en Irak pour plusieurs raisons, notamment pour le lien présumé de Saddam Hussein avec le 11 septembre et sa prétendue possession d’armes de destructions massives. Ces deux éléments seront d’ailleurs définitivement démentis par la suite. L’intervention américaine en Irak fut très rapide, puisque Bagdad est tombé en un peu moins d’un mois, et son chef d’Etat fut attrapé en décembre 2003. Il est livré aux autorités irakiennes et une nouvelle constitution est proclamée.

Le jugement sera une mascarade : Saddam est jugé par des juges kurdes et chiites qui sont directement impliqués dans des affaires politiques, les requêtes qui sont faites par l’accusé ne sont pas entendues, et on empêche ce dernier de s’exprimer librement. Il sera finalement condamné à mort pour crime contre l’humanité et sera pendu en 2006, au lieu d’être fusillé comme il le souhaitait. La pendaison se présente sous une forme macabre, avec des bourreaux chiites, proches de la famille As Sadr,  qui n’hésitent pas à l’insulter et à l’humilier.

Un nouvel Etat ?

Le système politique irakien apparaît désormais sous forme confessionnaliste, avec un président kurde et un premier ministre chiite. Les chiites, majoritaires, maîtrisent clairement le pays. Les baasistes, ainsi que les sunnites de manière générale, sont volontairement mis à l’écart du pouvoir.

L’Irak est déchiré depuis l’accroissement du pouvoir de l’Etat islamique, et le pouvoir chiite se soumet aux volontés de la République Islamique d’Iran.

En ce qui concerne Saddam Hussein, sa tombe fut à plusieurs reprises profanée, et en août 2014, des Tikriti décident de déplacer  définitivement le corps. Mais en décembre 2014, la tombe de l’ancien président irakien fut finalement détruite par une milice chiite.

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