Sahara Occidental : Un frein à l’intégration du Maghreb

Par Mohamed G.

Le 14 novembre, à Madrid, s’est déroulée la 39ème édition de la conférence européenne de solidarité avec le peuple sahraoui (EUCOCO). Au terme de celle-ci, les participants ont une nouvelle fois appelé l’UE à porter des sanctions contre le royaume du Maroc pour le pousser reconnaître l’indépendance de l’auto-proclamée République arabe sahraouie démocratique (RASD). Des potentiels « crimes de guerre et crimes contre l’humanité […] dans les territoires occupés » ont également été dénoncés. Une semaine auparavant, lors de son discours de la Marche Verte, le roi Mohammed VI avait fixé des limites aux négociations en affirmant que « l’initiative d’autonomie est le maximum que le Maroc puisse offrir dans le cadre de la négociation pour trouver une solution définitive à ce conflit régional ». Ce dossier du Sahara Occidental, vieux d’une quarantaine d’années, est considéré comme un frein majeur au développement de la région dans la mesure où il instaure une tension permanente entre les deux frères rivaux du Maghreb : le Maroc, qui souhaite conserver sa souveraineté, et l’Algérie, qui soutient les indépendantistes sahraouis.

UN RÉSIDU DU COLONIALISME

La première utilisation du terme « Sahara Occidental » date de 1924, lorsque l’Espagne décide de créer celui-ci à partir des territoires de Río de Oro et de Saguia el-Hamra sous sa domination depuis 1884. Avant cette période, cette partie du territoire a toujours plus ou moins fait partie intégrante des royaumes almoravides, almohades ou encore saadiens. C’est pourquoi dès 1956, le Maroc, nouvellement indépendant, va soutenir activement la décolonisation du Sahara Occidental par l’Espagne, dans l’espoir de retrouver son intégrité territoriale pré-coloniale. L’armée de libération du Maroc-Sud est donc crée par le roi Mohammed V et des opérations militaires sont lancées entre 1957 et 1958. Cette « Guerre d’Ifni » permet au Maroc de récupérer la région de Tarfaya, mais est bien loin des ambitions marocaines de libérer Ifni et le reste du Sahara. Suite à cet échec relatif, l’opposition à l’occupation espagnole se réorganise en organisation politique et militaire. Ainsi dans les années 1960, le Mouvement de libération du Sahara est créé, puis en 1973 il se dissout pour amener à la formation du Front Polisario. Ce dernier se veut unique représentant des habitants du Sahara Occidental, qu’il considère comme une nation à part entière réclamant une souveraineté sur son territoire bien que ce nationalisme sahraoui soit entièrement nouveau à cette époque et par conséquent minoritaire dans la population locale. Face à cette dissidence, le royaume du Maroc tente de réaffirmer son attachement à ces terres de sables, notamment par le biais de la fameuse Marche verte de 1975 lancée par Hassan II.

Mais le conflit sahraoui va trouver sa plus grande source dans la situation de flou international dans laquelle le Sahara Occidental s’est retrouvé en 1975 lors du retrait des troupes espagnoles. En effet, suite à la Marche verte, l’Espagne dit « céder le territoire au Maroc et à la Mauritanie », un climat d’ambiguïté prend forme. Ceci amenant d’une part de légères tensions frontalières entre les deux pays concernés, et d’autre part poussant le jeune Front Polisario à se retourner contre ses anciens alliés qu’il considère non légitimes. La République arabe sahraouie démocratique (RASD) est proclamée en 1976, et s’en suivent de violents affrontements entre le Polsiario (soutenu par l’Algérie) et la coalition maroco-mauritanienne. La Mauritanie signera un traité de paix en 1979, renonçant à sa part du Sahara au profit du Polisario, mais ce territoire sera immédiatement « annexé » par le Maroc, qui continuera les combats et créera un mur de sable dans les années 1980 entre les positions détenues par l’armée marocaine et les indépendantistes. Un cessez-le-feu sera finalement signé par les deux parties en 1991 sous la médiation de l’ONU. Celui-ci est relativement bien respecté depuis cette date, toutefois, une solution au conflit se fait toujours attendre. En 2007, un projet d’autonomie est proposé par Mohammed VI, néanmoins celui-ci n’a pas abouti, le Front Polisario restant ancré sur sa volonté de référendum populaire.

LA POSITION CENTRALE D’ALGER

Lorsque l’on jette un coup d’œil aux discussions sur le droit à l’autodétermination ou non des Sahraouis, on s’aperçoit rapidement que l’Algérie fait partie des interlocuteurs centraux. Ainsi, on assiste essentiellement à un dialogue Rabat/Alger, plutôt qu’un dialogue Rabat/Polisario. L’Algérie du FLN se veut protectrice des droits et de l’indépendance des Sahraouis, et de ce fait soutient activement le « plan de paix » de l’ONU. Ce soutien, actif depuis les années 1970, trouve son origine dans l’idéologie socialiste révolutionnaire et anticolonialiste que partagent le FLN et le Front Polisario, mais pas seulement. Si l’Algérie soutient les indépendantistes sahraouis, c’est probablement aussi à des fins plus politiques et économiques. En effet, avant toute chose, financer un mouvement remettant en cause les frontières territoriales du Maroc constitue clairement une tentative d’affaiblissement de celui-ci. Le Maroc et l’Algérie, les deux « grands » du Maghreb comme on les appelle, sont depuis des décennies en rivalité pour la place de « leader » de l’Afrique du Nord (voir de l’intégralité de celle-ci), c’est pourquoi, une perte de souveraineté par la couronne marocaine serait très profitable à l’Etat algérien. De plus, dans ce climat que l’on peut qualifier de « Guerre froide » entre les deux pays, réside peut-être également une volonté algérienne de revanche contre son voisin qui a tenté d’envahir une partie de son territoire dès son indépendance pour reformer le « Grand Maroc » lors de la, souvent oubliée, Guerre des Sables. Parallèlement à cela, l’émergence d’une RASD souveraine et mondialement reconnue (seulement 32 états aujourd’hui, contre environ 75 au début des années 1990) profiterait considérablement à l’économie nationale algérienne. D’abord par le biais du très convoité accès à l’Océan Atlantique qui permettrait à l’Algérie d’élargir ses exportations, essentiellement d’hydrocarbures, vers les Etats-Unis notamment. Puis par un accès privilégié à des ressources telles que le phosphate, le fer ou encore l’uranium que le nouvel Etat sahraoui vendrait à prix défiant toute concurrence pour son allié algérien.

Quoi qu’il en soit, au-delà même des aspects humanitaires constamment mis en avant lors des discours, l’Algérie dispose de nombreux intérêts à soutenir énergiquement le Front Polisario et en lui offrant refuge dans les camps de Tindouf. Selon certaines études, plus de 240 milliards de dollars auraient été dépensés par l’Algérie dans ce conflit, et quand bien même ce chiffre s’avérerait inférieur, le financement régulier du front Polisario fait clairement du conflit une guerre indirecte contre le Maroc. Par conséquent, les relations algéro-marocaines en pâtissent et ne vont pas en s’arrangeant. En 1994, l’Algérie, en réponse à une accusation publique de terrorisme par le Maroc, décide unilatéralement de fermer les frontières des deux pays. Depuis, la couronne royale, se disant soucieuse d’une unité maghrébine, demande régulièrement la réouverture des frontières, acte duquel elle aurait économiquement énormément à gagner. Alger de son coté, pose deux conditions : le tenue d’excuses publiques pour les accusations de 1994 et la mise en place du référendum d’autodétermination des sahraouis.

Certes, bien que leurs frontières soient fermées depuis 20 ans, l’Algérie et le Maroc entretiennent à de rares moments des relations amicales. Toutefois, cette stratégie de l’opposition constante entre un camp marocain et un camp algéro-sahraoui est-elle ce qu’il y a de mieux pour la région ? Quand bien même un véritable état sahraoui voyait le jour, les relations entre les anciens belligérants seraient-elles pour autant rétablies entièrement ? Le nouvel Etat serait-il assez fort pour résister à la menace  terroriste qui touche le Sahel? Ne serait-il pas mieux de mettre un terme à ce conflit récent, basé sur un indépendantisme contestable du coté sahraoui, afin de considérer son voisin respectif comme il se doit, comme un allié et un partenaire économique durable ? Cumulé à la montée de l’intégrisme religieux et au Printemps Arabe, le conflit du Sahara Occidental ne fait que renforcer la panne que subit actuellement la région. Dès lors, il paraît essentiel de lui trouver une solution rapide et de parachever l’intégration régionale naturelle que devrait connaitre le Maghreb.

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