Sfax, capitale arabe de la culture 2016

Par Myriam Sefraoui

Chaque année, l’ALECSO (Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences) désigne une capitale de la culture arabe dans laquelle sont organisés divers événements destinés à promouvoir et honorer le patrimoine culturel arabe. Après Constantine l’année passée, c’est au tour de la ville tunisienne de Sfax d’endosser ce rôle. Il s’agit de la deuxième ville tunisienne à être nommée capitale arabe de la culture après Tunis en 1997.

Sfax et son histoire

Fondée à l’ère carthaginoise, Sfax fut conquise par les Romains à l’issue des guerres puniques. De nombreuses constructions sont entamées, mais la chute de Rome ralentit fortement le développement de la ville. Au IXe siècle, la ville renaît de ses cendres sous impulsion d’Aboul-Abbes Mohamed, sultan aghlabide. La Médina, le restant de ses remparts, ainsi que la Grande Mosquée de la ville témoignent de cette reconstruction par les Arabes. La prospérité de Sfax fut jadis contée par le célèbre voyageur, chroniqueur et géographe  Ibn Hawqal dans son ouvrage La représentation  de la Terre (977).

De par son emplacement stratégique, Sfax fut l’objet de nombreuses convoitises, notamment celles du roi Roger II de Sicile qui prend la ville en 1148. Il faudra attendre dix ans pour que les Almohades parviennent à libérer la ville. A l’époque contemporaine, Sfax, malgré le protectorat français, restait avide de liberté.  Ce fut notamment un des bastions de militants indépendantistes tunisiens tels que Farhat Hached ou Hédi Chaker, qui demeurent encore aujourd’hui dans toutes les mémoires.

Sfax, deuxième ville de Tunisie

Aujourd’hui, Sfax demeure la deuxième ville de Tunisie en termes d’habitants et un des centres économiques du pays, notamment en considérant l’agglomération dont elle est le chef-lieu. Ville maritime à l’est du pays, elle dispose du premier port de commerce en termes de trafic. Le secteur touristique demeure assez développé, tandis que l’industrie connaît une certaine croissance ces dernières années.

Sur le plan culturel, Sfax est dotée d’un musée qui comprend une collection de pièces archéologiques antiques, provenant notamment  de la cité antique de Thanae, mais aussi de pièces datant des périodes préhistorique, romaine et islamique. La ville dispose aussi du musée Dar Jellouli, bâti dans un style arabo-andalou, qui abrite le musée régional des arts et traditions populaires.

Les projets de la capitale culturelle arabe 2016

« Pour Sfax, cet événement contribuera à une réelle renaissance », a déclaré  Samir  Sellami, président du comité exécutif de cette manifestation culturelle. Il l’évoqua à ce titre comme les prémices d’une démocratie participative dans les collectivités locales, conformément au principe de décentralisation, constitutionnellement consacré. Les organisateurs de la manifestation Sfax aspirent dès lors à associer tous les habitants à l’action culturelle.

Le budget total alloué à ce projet avoisine les 30 millions de dinars et réunit près de 2000 acteurs chargés d’assurer le bon déroulement d’une centaine de manifestations culturelles au cours de l’année et l’accomplissement de trois projets pilotes de rénovation.

Pour ce faire, c’est avec l’appui d’un cabinet de conception de projets culturels que  le comité souhaite la faire inscrire au Patrimoine mondial de l’UNESCO, afin de réhabiliter la Médina de Sfax. Le projet consistera, entre autres, à transformer l’église catholique en une bibliothèque numérique et un théâtre pouvant contenir jusqu’à 200 spectateurs.

Sont également au programme la restauration des remparts de la Médina ainsi que la revalorisation de son espace public. La rénovation de l’école Houssaynide, dont la construction remonte à plus de 250 ans, s’insère aussi dans le cadre du projet. Elle subira donc des travaux destinés à la convertir en une école de métiers pour la formation de spécialistes dans la restauration des monuments historiques.

Enfin, le réaménagement de « Chott El-Krekna » – la Corniche de la ville – et l’édification  d’un espace de loisir demeurent aussi des objectifs que le Comité s’est donné. Y seront construits, entre autres, un complexe culturel, une vaste place pour les Arts de la rue, un café culturel, des restaurants et une bibliothèque pour enfants sur un chalutier de pêche.

En somme, désigner Sfax comme capitale de la culture arabe lui insufflera le souffle nécessaire pour lui réattribuer une certaine prospérité qui lui était confisquée, de l’avis des habitants et natifs de la ville.  Souhaitons-leur bonne chance pour relever un tel défi.

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