Un représentant de l’opposition turque s’excuse pour les massacres d’alévis de 1938

Par Thomas Ciboulet

Sezgin Tanrıkulu, vice président du Parti Républicain du Peuple, le CHP, s’est excusé au nom de son parti auprès de la population alévi – une minorité religieuse considérée comme musulmane hétérodoxe – pour les massacres à son encontre en 1938. Décision courageuse, annoncée hier,  pour ce militant qui défend également les minorités kurdes et arméniennes en Anatolie, car les massacres ont été perpétrés par ce même parti, celui de Mustafa Kemal. Cette décision était pourtant nécessaire, étant donné que cette minorité est intimement liée au CHP, bien que des obstacles se sont imposés dans la relation entre les alevis et le Parti Républicain du Peuple : le parti kemaliste est laïc, un choix plus sûr que l’AKP sunnite d’Erdogan. Notons d’ailleurs que l’actuel président du CHP, Kemal Kılıçdaroğlu, est lui même de confession alévi.

La position de l’AKP

Sous l’AKP, les négociations avec les kurdes se sont multipliées pour mettre fin à un conflit datant des années 80. Erdogan a également présenté ses condoléances — et non des excuses —aux descendants d’arméniens dans le monde pour leurs morts pendant la Seconde Guerre Mondiale, à la veille du 24 avril 2014, jour de commémoration du Génocide Arménien.

Une démarche sincère ?

Il y a donc une volonté d’ouverture – volonté d’apparence plus que de fond – auprès des minorités du pays. En effet, l’AKP sunnite ne fait rien par rapport aux discriminations que vivent les alévis depuis l’époque de l’Empire Ottoman. La récente visite d’Ahmet Davutoglu (le nouveau Premier Ministre, ancien Ministre des Affaires Etrangères) dans la ville alévie de Hacıbektaş à l’occasion de la fête de l’Ashura (les alévis sont considérés comme chiite, même si la réalité est plus complexe) n’a pas donné satisfaction à la minorité religieuse qui ne voit que des discours, mais aucune mesure concrète.

La fracture entre sunnite et alévis (qui représentent près d’un quart de la population en Turquie) ne fait que s’accentuer, exacerbée par l’AKP, qui ne cherche plus l’unité nationale, ni même le consensus : après la victoire du parti sunnite aux élections municipales 2014, qui ont servi de vote de confiance au parti au pouvoir avant les élections législatives, Erdogan a promis de « faire payer » ses ennemis. Avec la déclaration de Tanrıkulu, si elle est effectivement suivie par son parti, le CHP confortera probablement le vote des alévis. Et à la fracture religieuse du pays continuera de se superposer une fracture politique.

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