Visite française au Moyen-Orient, quel bilan?

Par Yanis A.

Du 16 avril au 19 Avril, le président de la République française a effectué plusieurs visites diplomatiques au Liban, en Egypte puis en Jordanie. Ces visites ont pour but de renouveler les accords, les aides ou simplement le soutien de la France à l’égard de ces pays étant touchés, de près ou de loin, par des crises majeures — à l’image de celles provoquées par l’Etat Islamique ou du conflit israélo-palestinien qui perdurent.

Le chef de l’Etat souhaite rendre visite au Liban pour exprimer sa solidarité et le soutien de la France à ce « pays ami ». Le président égyptien a lui en l’occurrence invité François Hollande pour discuter des relations stratégiques entre les deux pays. Enfin, en ce qui concerne la Jordanie qui depuis peu multiplie ses relations avec la France, le Roi Abdallah II et le Président français visent à aborder la question de la stabilité régionale, du développement et de la lutte contre le terrorisme. Pourquoi toutes ces visites actuellement ? Qu’en est-il des relations de la France avec ces pays ?

Hollande au pays du Cèdre : la crise des réfugiés et l’instabilité politique

En 2016, le Liban sous ses allures de destination touristique où il fait bon vivre, demeure profondément instable politiquement. Toujours en quête de président, une armée n’ayant pas de réels pouvoirs au profit du Hebzollah élargissant ses prérogatives, Hollande compte soutenir l’armée libanaise, symbole de l’unité du pays outrepassant toutes les dérives du confessionnalisme. Bien que le contrat « Donas » visant à fournir au Liban par le biais de l’Arabie Saoudite 3 milliards de dollars d’armements n’ait pas abouti[1], Hollande souhaite par sa visite exprimer le soutien de la France au Liban, pays qui demeure — bien que paraissant uni — tristement déchiré entre différente factions. En effet avec une défense assurée par le Hezbollah chiite et une économie propulsée par des investisseurs sunnites depuis l’ère Hariri, le Liban tente, et ne trouve d’autre choix, que de persister dans un système confessionnaliste voué à l’échec. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves le Drian, tente désormais avec son homologue libanais de trouver un moyen de renforcer l’armée libanaise en lui fournissant le matériel nécessaire. Dans un même temps, le président français affirme que les 900 soldats français — force d’interposition des nations Unies au Liban— resteront en place jusqu’à nouvel ordre.

« Nous devons au Liban la solidarité et l’assistance. Nous le faisons dans un esprit de respect et d’amitié et sans ingérence », annonce le président François Hollande.

La question des réfugiés est aussi abordée lors de cette visite : le président français compte donner 100 millions d’euros à l’Etat libanais pour soutenir ce dernier dans l’aide qu’il fournit aux réfugiés syriens. Un projet considérable que les pays arabes n’ont pas su mettre en place ensemble pour alléger le problème. Cette rencontre s’accompagnera d’une visite du président dans un camp de réfugiés.

Sissi-Hollande : une invitation à des pourparlers stratégiques et économiques

« Ce qui est en jeu, ce sont bien sûr les échanges, la croissance, le commerce, l’investissement, mais aussi la stabilité, la sécurité, le développement, non seulement de l’Egypte, mais de toute la région. C’est le sens que je veux donner à cette rencontre. » (François Hollande)

En Egypte, la rencontre s’est principalement basée sur la face économique des relations franco-égyptiennes. Le président était d’ailleurs accompagné du ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian, de la ministre de la Culture Audrey Azoulay et d’une trentaine d’entreprises réunies au sein d’une délégation. Hollande a affirmé sa volonté de « gravir encore quelques marches », puisque la France est actuellement le sixième investisseur étranger en Egypte.

La question de l’Etat islamique était aussi l’un des nombreux sujets de conversation entre les deux présidents. En effet, l’Egypte, qui a déjà mené des interventions militaires à la frontière avec son voisin libyen, est un pays avec lequel la France doit traiter pour résoudre le chaos régnant en Libye.

Le débat qui en l’occurrence fait entendre parler de lui, c’est bel et bien celui des Droits de l’Homme en Egypte. Le Président français a affirmé « Les droits de l’Homme ne sont pas une contrainte. Les droits de l’Homme sont aussi une façon de lutter contre le terrorisme », tout en confirmant l’importance de la liberté de presse et d’expression.

Face aux questions-critiques des journalistes — principalement français — le président égyptien souligna le fait que la politique menée en Egypte, bien que paraissant dure aux yeux de l’Occident, est une nécessité : « La région dans laquelle nous vivons est une région très perturbée. Les critères en Europe, qui sont au sommet du progrès et de la civilisation, ne peuvent prévaloir dans la situation que vit notre région, notamment l’Egypte »

Le sujet clôturé, les deux chefs d’Etat se sont donc ensuite entretenus pour discuter des relations économiques. Cette visite sera marquée par la signature de 18 contrats et protocoles d’ententes, dont l’extension d’une ligne du métro au Caire.

L’importance de la Jordanie dans le combat contre le terrorisme

Bien que La France soit l’un des premiers partenaires économiques de la Jordanie, cette visite ne tourne pas autour d’accords économiques. Ce mardi, les principaux sujets abordés furent la lutte contre le terrorisme et la question des réfugiés. Le président français a salué l’initiative jordanienne à l’égard des réfugiés qui depuis cinq ans permet de venir en aide aux réfugies syriens malgré la crise économique[2] que traverse le pays

Force est de constater que les services de défense jordaniens ont amplement œuvré et œuvrent toujours à la stabilité et la sécurité du pays, et François Hollande en a donc profité pour encourager la Jordanie dans sa lutte contre le terrorisme. Les services de renseignements jordaniens ont en effet fait preuve d’un professionnalisme confirmé en réussissant à accueillir entre 600 000 et 1 million de réfugiés de tous les coins tout en sécurisant le pays d’une infiltration de l’Etat Islamique.

“Pour la Jordanie, ce qui se passe à Genève est très important. La suspension des négociations est préoccupante. Car si la trêve est rompue, les combats reprendront, les civils vont fuir de nouveau. Il n’y aura pas d’espoir” a déclaré le président français lors de son entretien avec sa majesté le roi Abdallah II.

Les négociations de paix interrompus, si le conflit syrien persiste, la Jordanie se verra accueillir encore plus de réfugiés. Dans les No Man’s Land entre la Syrie et la Jordanie, les syriens commencent à s’entasser de plus en plus et la situation syrienne devient pour le moins catastrophique.  La France s’est donc engagée à travers cette visite, à verser 1 milliard de dollars à la Jordanie en guise de soutien.

Abdallah II et François Hollande ont signé de nombreux protocoles d’entente visant à renforcer la coopération dans plusieurs secteurs, dont l’agriculture et les énergies renouvelables :

  • Un accord entre le Ministère de la planification et de la coopération internationale et l’Agence Française du Développement
  • Un accord entre le Ministère de la planification et de la coopération internationale et le Groupe Egis français pour gérer le secteur de l’eau dans les gouvernorats du nord
  • Un supplément au protocole de coopération des ministères jordaniens et français de la justice signé mai 2009
  • Un accord de confirmation de partenariat entre Orange Jordan, Millennium Energy Industries Company et Catalyst Private Equity (Cleantech)
  • Une lettre d’intention dans le secteur de l’agriculture

Mais ce déplacement est aussi marqué par la visite de François Hollande au sein de la base aérienne française installée depuis novembre 2014 et composée de 350 militaires.

« Je voulais ici, vous témoigner de mon soutien, de ma confiance et de la reconnaissance de la Nation pour la mission que vous accomplissez en son nom […] Deux Mirage ont renforcé le dispositif ici en Jordanie. Il en a été de même aux Emirats arabes unis. A ce jour, près de 4.000 vols français de bombardements, de ravitaillement en vol, de repérages ont été effectués […] La moitié des frappes françaises au Levant sont parties d’ici. »

[1] Projet toujours d’actualité, étant donné que la France ne l’a pas annulé. L’Arabie Saoudite recevra bien les armes et le matériel, et en donnera surement une partie au Liban.

[2] 34,8 milliards de dollars, soit 90 % du PIB

 

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